Fehikanto : « Il est permis de consommer l’art »
12 août 2024 // Arts Plastiques // 7391 vues // Nc : 175

C’était le Samedi 8 juin dernier à la Cité des Cultures à Antaninarenina. Dans une salle de conférence remplie, les questions du public abondent suite à l’intervention de l’artiste peintre Ponk sur les bienfaits de l’art, dans le cadre de Hizara Kanto, un programme organisé par Fehikanto. Evénement réussi pour cette ONG, qui veut donner l’accès aux connaissances artistiques à la population malgache. Pour Braian Razafinony, le président fondateur, il est crucial de continuer à guider ceux qui veulent suivre un parcours dans le domaine de l’art et de la culture.


Chez Fehikanto, ils sont une poignée d’artistes photographes, des passionnés d’écriture et d’arts plastiques. Avec leurs parcours respectifs, ils ont compris le potentiel artistique qu’a Madagascar, hélas souvent sous-estimé. « Ici, ce n’est pas très bien vu de dire à ses parents qu’on veut devenir artiste. Nous voulons que la société malgache comprenne que l’art n’est ni mauvais ni de seconde zone. Il y a beaucoup de métiers concernant l’art et la culture, comme l’art de la scène, l’art médiatique, artisanal. » L’équipe reconnait que cette incompréhension résulte d’un manque d’explication, que ce soit à l’endroit des artistes ou du public. Fehikanto se positionne alors comme un guide pour ceux qui sont dans le flou, qui ne savent pas quoi penser de leur domaine de travail, ou qui sont perdus dans leur parcours académique ou professionnel. « Notre but n’est pas que tout le monde devienne artiste, mais de donner une nouvelle façon de penser, de leur dire que c’est permis de consommer l’art. »

Pour apporter un nouveau regard sur ce qu’est une carrière dans le domaine de l’art et de la culture, Fehikanto a organisé des ateliers de partage cette année. Avec Nicky Aina, photographe biologiste et formateur en photographie, il était question des conseils pour vivre de son art. Pour le coup, il ne s’agit pas seulement de techniques pour faire venir la muse, mais aussi de conseils sur le côté administratif, le statut en tant que professionnel. Le deuxième atelier concernait l’importance de la transmission de son art avec Tanteliniaina Ramarozatovo, une séance riche en partages. Le rendez-vous mensuel Hizara Kanto ressemble plus à une conférence, avec davantage de participants. « Pendant ces événements, des participants nous disent que c’est un bon projet, ils veulent aider, c’est peut-être un début de déclic, en tout cas, ils ont ressenti quelque chose. Ces activités sont gratuites car nous voulons rendre accessibles les connaissances. Par contre, il y a un coût pour les programmes de mentorat où un artiste vous suit avec des formations théoriques et pratiques. »

Justement, Fehikanto met en place une plateforme de mentorat, où il y aura un artiste qui s’occupera d’une cohorte sur une période donnée, répartie sur différents niveaux. Pour la suite, l’ONG projette d’avancer davantage dans sa mission. Elle prépare des camps d’art, un weekend dans la nature pour un éveil artistique, avec un artiste. L’équipe compte aussi organiser des colloques d’art, rassemblant des professionnels qui œuvrent dans le domaine de l’art autour d’un thème. « On compte aussi organiser des brunchs culturels. Nous ne voulons pas nous mettre dans la ligne de mire de quelqu’un, nous voulons fédérer. Nous avons parlé avec beaucoup d’acteurs culturels récemment. Certains disent qu’il faut se serrer les coudes, déjà que nous ne sommes pas beaucoup à Madagascar. Il ne faut pas qu’il y ait des rivalités, il faut créer des événements pour se rencontrer, découvrir des artistes, parler de projets culturels. »

Mpihary Razafindrabezandrina

fehikanto@gmail.com

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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