La biennale de Nahampoana, une expérience entre orgasme esthétique, politique et patrimoine
19 avril 2025 // Arts Plastiques // 7396 vues // Nc : 183

La biennale de Nahampoana s’est déroulée au cœur de la réserve de Nahampoana, à quelques kilomètres de la ville de Fort Dauphin, du 22 au 23 février, sous l’impulsion de Noely Ratsimiebo, architecte, artiste et promotrice du tourisme dans la région Anosy. Pour les visiteurs qui étaient du rendez-vous, cela a été une expérience unique entre des œuvres d’une force phénoménale et des positions écologiques et patrimoniales sincères.

De l’art contemporain à l’appropriation de la nature
Imaginez vous promener au beau milieu d’une forêt, un matin pluvieux. Partout, cris d’oiseaux et lémuriens, froissement de feuilles, arbres immenses, du vert à n’en plus finir, et puis soudain une explosion de couleurs et de formes inouïes. Vous découvrez alors, dans cette masse presque étouffante de tropicalité, l’œuvre en rouge corail de Noely Ratsimiebo. Un entrelacs de branches aux allures de milliers de connexions neurologiques. Et quand on s’assoit en dessous, sur la chaise en bois d’on ne sait quel rafiot peinte de la même couleur, les plumes se balançant au bout de ce Nuage, comme Noely Ratsimiebo l’a intitulé, on est emporté.

Les enchevêtrements, le vent entre les fils qui dansent, nous entraînent dans un voyage qui pour l’artiste est un appel à la reconnexion, à s’approprier le lieu, la réserve, un patrimoine hors norme. Car il faut rappeler que la réserve de Nahampoana est dès le XVIIe siècle un lieu de rencontre des espèces végétales locales et étrangères. Un endroit historique qui met en lumière l’importance de Fort Dauphin pour le royaume de France d’alors qui envisageait d’en faire un grenier pour nourrir tout le territoire français.

Une biennale politique
Pour Noely Ratsimiebo, l’acte est dès lors politique. Car « L’art c’est politique », déclare-t-elle dès l’abord, dans un interview privé. En cela que cette biennale invite à s’émouvoir d’un patrimoine, c’est-à-dire d’un bien commun, et « dès que l’on parle de bien commun, c’est toujours politique, poursuit-elle ». En effet, selon l’artiste, le discours sur le territoire et son appropriation est trop pauvre à Madagascar.

« Sorti des airs protégés, il y a quoi ? Sorti des œuvres d’art, il y a quoi ? S’interroge-t-elle ». N’étant pas de ceux qui se tournent les pouces le ventre rongé d’angoisse, Noely Ratsimiebo a réuni autour d’elle des architectes et artistes comme Shama Boudhabhay et Sandrine Raveloson, dont l’engagement dans cette vision d’ensemble a porté le projet jusqu’à son terme.
Au final, c’est une biennale à la dimension des monuments d’art contemporain qu’elle expose, touchante, avec un message qui passe par l’esprit, fait frissonner la peau, et habite à jamais les cœurs.

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature/Journaliste.

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C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

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