Ching Ching : « Je ne me sens pas menacée par l’intelligence artificielle en tant qu’illustratrice »
11 mai 2025 // Arts Plastiques // 6689 vues // Nc : 184

Alors que McKinsey & Company observe une hausse de 32 % du nombre d’entreprises utilisant l’intelligence artificielle pour générer des images entre 2023 et 2024, d’autres préfèrent la main humaine. C’est le cas des sociétés qui font appel à Ching Ching pour ses peintures et ses dessins. Face à l’IA, rapide et moins coûteuse, qu’est-ce qui distingue les illustrateurs ? Entre le développement d’un style personnel, l’injection d’une sensibilité artistique et la préservation d’une dimension humaine dans les collaborations professionnelles, Ching Ching développe les atouts de l’Humain face à la machine, qu’elle perçoit davantage comme un outil plutôt qu’un remplaçant.

Des esquisses éparpillées sur sa table de travail, avec des dessins si différents les uns des autres qu’on aurait peine à croire qu’ils viennent de la même main. À peine dans sa vingtaine, Ching Ching admet être encore en phase d’expérimentation pour trouver son propre style, même si certains sujets lui tiennent plus à cœur que d’autres. « Antananarivo est un thème qui revient souvent, car je travaille avec des sociétés malgaches en freelance. Il n’y a pas que des paysages : je peux me balader, prendre une photo, dessiner, puis interpréter à ma manière. » Récemment, elle a illustré une carte pour une créatrice de contenu autour des street foods d’Antananarivo. Pour la suite, elle souhaite explorer ses deux pays : Madagascar et la Malaisie. Une croissance plus ou moins lente et organique, façonnée par l’expérience et les rencontres, qui construit peu à peu son identité de créatrice ; à l’opposé de l’intelligence artificielle, qui se contente de synthétiser et de reproduire ce qui existe déjà.

Bien qu’elle fournisse des illustrations fidèles aux attentes des clients, il lui arrive de refuser des commandes quand le projet ne lui parle pas, tandis que certaines entreprises lui laissent parfois carte blanche. « Lorsque je travaille pour quelqu’un, mon objectif est de répondre précisément à ses attentes. Il est essentiel que je lui donne ce qu’il souhaite, et si nécessaire, que j’adapte mon travail en fonction de ses besoins spécifiques. » Un travail sur mesure, en phase avec les exigences de ses clients, contrairement au processus automatique et sans nuance des images générées par l’IA.

Néanmoins, Ching Ching considère que l’IA reste un outil pertinent, que ce soit pour les entreprises ou les illustrateurs : tout dépend de l’état d’esprit avec lequel on l’utilise. « Si j’étais une société, je ferais appel à un illustrateur, et je lui demanderais s’il veut utiliser l’IA ou pas. » Dans ce sens, un créateur et un chef d’entreprise sans sensibilité artistique ne produiront pas forcément le même résultat, même s’ils utilisent le même outil.

Et si cette sensibilité artistique était la ligne rouge entre les illustrateurs et l’IA ? « Quand je fais des créations personnelles, c’est vraiment pour le fun, et là je peux exploiter plusieurs styles différents ». D’ailleurs, Ching Ching s’est lancée dans la sculpture en décembre 2024, et voudrait être exposée en tant qu’artiste un jour. « La sculpture, c’est mon terrain d’expérimentation, je travaille en papier mâché, avec des structures en fil de fer ou des cadres que je récupère. J’aimerais continuer, explorer d’autres matériaux comme le bambou. J’y réfléchis encore, je veux devenir artiste et faire une première exposition. Mais je sens que je dois encore gagner en maturité dans mon travail avant d’y parvenir ». En attendant, elle continue de créer sur le papier et sa tablette.

Mpihary Razafindrabezandrina

Instagram : j.ching.ching

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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