Installé au cœur de la capitale, cet horloger discret a fait de son atelier un refuge pour les amateurs de belles montres. Entre geste sûr et œil exercé, il perpétue un métier rare, à contre-temps d’une époque pressée.


Dans sa boutique, le silence n’est jamais complet. Il y a ce tic-tac diffus qui flotte dans l’air, à la manière d’un métronome oublié dans un coin de studio. Arvind, lui, occupé à obeserver, ne parle pas beaucoup quand il travaille. Ses doigts, d’une grande précision, saisissent une vis minuscule, la déposent, la replacent. Tel un chirurgien d’un autre temps, ceux qui opéraient sans trembler, presque à l’instinct. « On ne peut pas trembler, sinon la montre est perdue », glisse-t-il sans lever les yeux. Sur l’établi, une mécanique ouverte. Il incline légèrement la tête, ajuste sa loupe, puis souffle à peine — un geste simple, mais qui dit tout du métier.
Rien ne le destinait vraiment à cela. Issu d’une lignée de bijoutiers, il choisit pourtant une autre voie, presque une bifurcation. « Dans ma famille, personne ne faisait d’horlogerie. Moi, ça m’a attiré. Peut-être parce que c’est plus… vivant », dit-il. Direction l’Inde pour se former, là où l’on apprend encore en regardant, en répétant et en se trompant aussi parfois. Depuis, il n’a jamais quitté ce rapport presque charnel au mécanisme. Les montres défilent, mais ne se ressemblent pas. Une automatique récalcitrante, une électronique silencieuse, une vieille horloge murale qui a perdu le fil. « Aujourd’hui, on remplace beaucoup. Moi, je préfère comprendre et réparer », insiste-t-il. Une forme de résistance, en somme, à l’époque du jetable — sans discours militant, juste avec des outils.
Sur la table : pinces ultrafines, tournevis minuscules, huiles spécifiques, appareils de mesure. Certains instruments coûtent plus cher qu’une montre ordinaire. Ironie tranquille d’un métier où l’invisible a souvent plus de valeur que le visible. Côté tarifs, la logique suit celle du geste. Une révision simple commence autour de 100 000 ariary. Pour des pièces plus complexes, on grimpe à 250 000. Les montres de poche, elles, exigent près de 300 000 ariary, tandis que certaines pièces de luxe — Omega, Rolex — demandent plus d’une semaine de travail, pour des montants flirtant avec le million. Même les piles ont leur hiérarchie, de 35 000 ariary à des modèles capables de tenir une décennie. Le temps, décidément, a un prix.
Arvind, lui, ne compte plus vraiment. « Chaque montre est un défi. C’est ça qui me plaît. » Il referme délicatement un boîtier, écoute, ajuste encore. Le tic-tac reprend, presque imperceptible. Comme si, au fond, rien ne s’était arrêté.
Lucas Rahajaniaina
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