Combrage Miray : 67ha à bout de souffle
22 juillet 2023 // Métiers & Petits Métiers // 5224 vues // Nc : 162

Ils sont sept jeunes hommes à sillonner les rues des 67ha avec leurs instruments. Le groupe Combrage Miray (Unis dans la solidarité) vit au jour le jour, contre soleil ardent, pour se faire un nom et un peu d’argent. Tambour, trompettes, trombone et clarinette en main, le groupe apaise les voyageurs fatigués par les embouteillages avec une version revisitée de la musique populaire. Fidy, membre du groupe, accepte de dévoiler leur quotidien : les multiples facettes d’une vie à en couper le souffle.

D’où vient le nom « Combrage Miray » ?
Le groupe en assemble trois : Ambohimangidy, Fitia Miray et Ambohijoky. Un jour, deux amis se sont dit « pourquoi ne pas nous unir ? », et Combrage Miray est né. On a « combrage » pour cette réunion et « miray » pour l’unité et la solidarité qui se sont créées entre nous. Aujourd’hui, l’équipe compte 16 membres dont le plus âgé, membre fondateur, a 49 ans, et le plus jeune, 13 ans. Dans les rues, vous ne verrez que sept ou huit d’entre nous, en fonction de l’organisation. Si les autres sont positionnés à Alakamisy, on se charge du côté visibilité en ville. C’est comme cela que nous reprenons tous les genres de musique - de populaire à évangélique - avec nos tambours et trombones. Un parcours fier avec nos débuts faits uniquement le sodina.(flûte)

Pourquoi en avoir fait un métier ?
La musique, en plus d’être une passion, est un don de nos ancêtres. Nous avons grandi avec, et continuons d’éduquer nos enfants autour du milieu. Comme c’est un travail, nous adoptons un emploi du temps pareil aux travailleurs de bureau: début à huit heures, un petit goûter à neuf heures, une pause déjeuner et on s’arrête vers la fin de l’après-midi. C’est un métier qui ne ravive pas forcément tout le monde : on nous fait des remarques sur le bruit et la façon de demander de l’argent, mais nous ne sommes pas là pour mendier. On fait appel à ceux qui apprécient notre musique pour nous aider comme ils peuvent, et tout cela sans aucune obligation. Notre principal objectif est de nous faire connaître. C’est dans la rue que nous trouvons des contrats pour les fêtes traditionnelles et les anniversaires. En jour ordinaire, nous gagnons environ 10.000 Ariary par personne, et les jours chanceux peuvent nous mener jusqu’à un total de 200.000 Ariary, tout en économisant pour l’été où les activités sont très restreintes.

Une activité qui ne donne pas le temps de souffler ?
Comme tout métier, il y a du stress et beaucoup de fatigue. Debout, au soleil, nous soufflons dans nos trompettes même quand le corps réclame le repos. Il nous faut bien nous nourrir, mais les moyens manquent assez souvent. Au grand soulagement, rester sur pieds assez longtemps ne nous a pas apporté des varices, mais ce sont nos lèvres qui en pâtissent. Malgré l’habitude, elles deviennent fragiles, s’égratignent et font mal. Dans ces moments, il n’y a plus qu’à se forcer vu que c’est notre seul moyen de subsistance. Malgré tout, nous nous y appliquons. Des opportunités se sont déjà présentées à nous : les artistes Mijah et Black Nadia, par exemple, nous ont déjà abordés pour travailler avec eux. Le tour de Madagascar a déjà commencé, et nous nous remettons à peine d’une tournée à Sambava. Les invitations arrivent même de l’étranger, même si cela n’a pas pu se concrétiser. On garde espoir.

Les rêves et les projets ?
Il y en a énormément. Notre premier rêve a été de se professionnaliser, et nous y sommes déjà. Maintenant, nous continuons à jouer dans les rues en espérant un jour trouvé du soutien pour nous permettre d’acquérir nos propres matériels. Jusque-là, nous les louons chacun à 100.000 Ariary par an, ce qui nous ralentit un peu. Être reconnus comme un trois quart d’artiste, c’est le plus important. Sans se comparer aux grandes célébrités, nous voudrions juste être reconnus comme des artistes « latsaka fahefany ». Nous ne créons pas encore notre propre musique pour mieux gagner en autonomie. Mais les adaptations des morceaux que vous entendez dans les rues prennent jusqu’à trois mois d’apprentissage et de répétition. Ce sont des sons qui ont longuement été travaillés, puis peaufinés. Combrage Miray, c’est une fierté, car il éduque les jeunes à rester loin des pillages et à apprécier la musique. C’est un groupe de musiciens déterminés et de confiance qui n’attend qu’une chose : se lancer pleinement.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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