Egorgeur : A tout saigneur tout honneur
17 août 2023 // Métiers & Petits Métiers // 4602 vues // Nc : 163

Égorgeur, saigneur, ça pose son homme ! Ou plutôt ici, sa femme. A condition d’avoir le physique de l’emploi. Elle l’a. Et un coup de lame bien rodé, ses milliers de victimes en savent quelque chose. Une profession qui s’exerce au cœur des marchés ; quand elle s’y fraye un chemin, de sa démarche chaloupée, roulant les mécaniques, un silence s’installe, et les enfants, de dessous les jupes de leurs mères, observent avec fascination et effroi passer cette masse virevoltante : le sicaire, la tueuse à gages.

La volaille saisie par la main gauche, notre dame porte le couteau dans le bec, comme subrepticement, traverse la gorge et provoque une grosse saignée. Une fois vidée de son sang, la volaille est plongée dans l’eau bouillante par un comparse ; vite débarrassée de ses plumes, elle peut partir vers les cuisines et les boucheries de détail alentour. Pour les saigneurs qui n’ont pas la poigne de la forte dame, un modeste dispositif simplifie l’égorgement : un bidon jaune accroché à un mur, avec une partie évidée en bas, bloque la poule la tête en bas. La victime ne peut plus alors qu’offrir sa gorge au couteau, et son corps, sous camisole, se vider rapidement de son sang.

Alignés comme des trophées au pied du vainqueur, quatre canards ne portent plus la tête haute. La bande des quatre est vaincue. Fin de parcours. Le contrat est rempli: canard a vécu pour que seigneur vive. Les grands paniers ronds, faits de solides lattes de bambou (Bara[1]rata), peuvent s’empiler jusqu’au ciel, rien n’arrêtera la marche des hommes (et le débarquement par centaines, dans la capitale, de ces nasses à gallinacés arrimées sur le toit des Taxi Be). Ainsi soit-il.

Émaciés, débarrassés des contingences charnelles, les canards ne sont plus que des épures passées au fil du couteau. Inversement, la dame semble avoir aspiré le sang et les viscères de ses victimes en quantité inépuisable, en attestent sa corpulence et les bassines qu’elle remplit tout au long de son office. Bibendum de caricature, elle enfle au fur et à mesure que sa fine lame s’acharne. Elle est ronde comme les nasses à gallinacés qui s’empilent, ronde comme le bidon bleu qui exhibe les quatre victimes, ronde comme les bassines qu’elle bourre. La rondeur est signe de sa bonhomie, de sa candeur, de sa simplicité quasi biblique. Bonhomme et ronde. Quelle destinée ! Jusqu’où va-t-elle grossir ? Jusque quand va-t-elle tuer ? Comment ne pas être écœuré par tant de sang, de viscères, de miasmes suffocants. Indigné par tant d’opulence gagnée aux dépens du plus faible. Pour autant, c’est une scène de la vie ordinaire. C’est ainsi dans toutes les cuisines du monde. C’est ainsi que les hommes vivent. Depuis toujours. Cachez ce sein que je ne saurai voir.

Texte et photo : YvA

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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