Arvind Tsounilal : La folie de grande heure
26 mai 2026 // Métiers & Petits Métiers // 934 vues // Nc : 196

Installé au cœur de la capitale, cet horloger discret a fait de son atelier un refuge pour les amateurs de belles montres. Entre geste sûr et œil exercé, il perpétue un métier rare, à contre-temps d’une époque pressée.

Dans sa boutique, le silence n’est jamais complet. Il y a ce tic-tac diffus qui flotte dans l’air, à la manière d’un métronome oublié dans un coin de studio. Arvind, lui, occupé à obeserver, ne parle pas beaucoup quand il travaille. Ses doigts, d’une grande précision, saisissent une vis minuscule, la déposent, la replacent. Tel un chirurgien d’un autre temps, ceux qui opéraient sans trembler, presque à l’instinct. « On ne peut pas trembler, sinon la montre est perdue », glisse-t-il sans lever les yeux. Sur l’établi, une mécanique ouverte. Il incline légèrement la tête, ajuste sa loupe, puis souffle à peine — un geste simple, mais qui dit tout du métier.

Rien ne le destinait vraiment à cela. Issu d’une lignée de bijoutiers, il choisit pourtant une autre voie, presque une bifurcation. « Dans ma famille, personne ne faisait d’horlogerie. Moi, ça m’a attiré. Peut-être parce que c’est plus… vivant », dit-il. Direction l’Inde pour se former, là où l’on apprend encore en regardant, en répétant et en se trompant aussi parfois. Depuis, il n’a jamais quitté ce rapport presque charnel au mécanisme. Les montres défilent, mais ne se ressemblent pas. Une automatique récalcitrante, une électronique silencieuse, une vieille horloge murale qui a perdu le fil. « Aujourd’hui, on remplace beaucoup. Moi, je préfère comprendre et réparer », insiste-t-il. Une forme de résistance, en somme, à l’époque du jetable — sans discours militant, juste avec des outils.

Sur la table : pinces ultrafines, tournevis minuscules, huiles spécifiques, appareils de mesure. Certains instruments coûtent plus cher qu’une montre ordinaire. Ironie tranquille d’un métier où l’invisible a souvent plus de valeur que le visible. Côté tarifs, la logique suit celle du geste. Une révision simple commence autour de 100 000 ariary. Pour des pièces plus complexes, on grimpe à 250 000. Les montres de poche, elles, exigent près de 300 000 ariary, tandis que certaines pièces de luxe — Omega, Rolex — demandent plus d’une semaine de travail, pour des montants flirtant avec le million. Même les piles ont leur hiérarchie, de 35 000 ariary à des modèles capables de tenir une décennie. Le temps, décidément, a un prix.

Arvind, lui, ne compte plus vraiment. « Chaque montre est un défi. C’est ça qui me plaît. » Il referme délicatement un boîtier, écoute, ajuste encore. Le tic-tac reprend, presque imperceptible. Comme si, au fond, rien ne s’était arrêté.

Lucas Rahajaniaina

Contact : 0340155475
Mail : Tsounilal@gmail.com

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Pierrot Men : Le regard d'une vie

Lire

6 juillet 2026

Pierrot Men : Le regard d'une vie

À l'heure où les écrans débordent de couleurs saturées et d'images consommées en quelques secondes, Pierrot Men rappelle qu'une photographie peut enco...

Edito
no comment - Juillet, enfin !

Lire le magazine

Juillet, enfin !

Juillet est là. Et avec lui, cette douce illusion collective qu'on appelle « les vacances ». Douce pour certains, seulement. Parce que pendant que quelques chanceux plient bagages et filent vers les côtes, une bonne partie de Madagascar retient son souffle. Les bacheliers scrutent leur téléphone comme si les résultats allaient tomber par notification divine. Les étudiants enfilent leur première veste de stagiaire — bienvenue dans le monde réel, c'est moins glamour que prévu. Les parents, eux, découvrent avec une joie mitigée que des enfants à la maison toute la journée, c'est bruyant, c'est gourmand, et ça chamaille pour un rien. Quant aux entrepreneurs, ils ont flairé l'aubaine : juillet, c'est la saison des idées — et des chiffres à gonfler. Bref, les vacances, ce grand repos tant attendu, ressemblent pour beaucoup à un sprint déguisé en pause. Heureusement, nocomment est là. Ce mois-ci, on vous embarque à travers Madagascar — ses sorties, ses escales, ses bonnes adresses, ses cultures et ses petites merveilles qui ne font pas de bruit mais méritent qu'on en parle. Parce que s'évader, parfois, ça commence par une bonne lecture.

No comment Tv

Interview - Tahiry David Animator - Juin 2026 - NC 197

Découvrez Tahiry David Animator, un animateur 2D-3D dans le no comment® NC 197 – juin 2026.
Tahiry David Rasolofoson, plus connu sous le pseudo Tahiry David Animator, est un animateur 2D-3D malgache. Lauréat de l'AnimJam 2026 à l'IFM Analakely, il fabrique des mondes entiers à partir d'un ordinateur, de nuits blanches et d'un sens aigu du chaos cartoon. Entre humour absurde et références pop malgaches, il impose peu à peu sa signature dans l'univers de l'animation.

Focus

Mondiale des services traiteurs

Elimination continental pour la Mondiale des services traiteurs

no comment - Mondiale des services traiteurs

Voir