Tuerie
18 juillet 2023 // Photographie // 4837 vues // Nc : 162

L’élevage bovin reste l’activité principale à Madagascar et contribue au développement économique du pays. Le cheptel bovin est estimé entre 7 et 8 millions de têtes. Malgré tout, la consommation de viande reste relative puisqu’un malgache ne consomme que 5 kg de viandes de bœuf et de porc par an. Nous nous intéressons souvent à la question de l’élevage, de l’approvisionnement des viandes ou des consommateurs, mais nous ne pensons pas forcément à l’étape importante de ce système : l’abattage.

A Madagascar, comme il n’existe aucune école d’abattoir, les techniques se transmettent de génération en génération. Tuerie est un projet photographique sur les abattoirs qui a commencé en 2015. Ce projet questionne la relation entre l’homme et l’animal, avant, pendant et après sa mise à mort.  Ce que nous ignorons souvent c'est qu'il existe une relation inexplicable entre le bourreau et la bête, mais aussi entre la bête qui est sur le point d'être abattu et celle qui gît par terre. Et la finalité résulte toujours par la mort de la bête et la perte d'un fragment de la conscience du bourreau, la mort dans l'âme. Ce reportage permet de relater non seulement les différentes étapes des traitements des bêtes, mais aussi le sentiment qu’éprouve l'un envers l'autre - le bourreau et la bête - leur relation, leur quotidien, leur vécu.

Tuerie est une série de 15 photographies prises dans les abattoirs de l’Ile : Antananarivo, Antsirabe, et Diégo Suarez.

Le zébu entre dans une des salles d’exécution dans l’abattoir d’Ankadindratombo
Mai 2015
Le boucher et sa victime - Ankadindratombo
Mai 2015
Portrait d’un boucher perdu dans ses pensées - Ankadindratombo
Mai 2015
Les zébus dans l’enclos qui attendent leur exécution - Ankadindratombo
Mai 2015
Après la découpe des zébus, leurs viandes sont suspendues sur les crochets avant d’être livrées - Ankadindratombo
Mai 2015
La peau du porc est brûlée pour éliminer les poils avant d’être découpé - Ankadindratombo
Mai 2015
L’ambiance dans une salle d’exécution du porc - Antsirabe
Février 2018
Après avoir enlevé la peau du zébu, le boucher est prêt à désosser et le découper en gros morceaux - Antsirabe
Février 2018
L’exécution d’un zébu de façon halal. Après sept essais, l’apprenti boucher arrive finalement à frapper le front du zébu avec un marteau - Antsirabe
Février 2018
Vue générale de la salle d’exécution - Antsirabe
Février 2018
On isole la tête du zébu du reste de son corps - Antsirabe
Février 2018
Dans la salle spécialisée pour les cochons, le boucher frappe l’animal avec un bois rond - Antsirabe
Février 2018
Les porcs sont découpés, les viandes sont prêtes à être achetées et livrées aux clients - Diego Suarez
Novembre 2020
Les porcs sont découpés, les viandes sont prêtes à être achetées et livrées aux clients - Diego Suarez
Novembre 2020
Le travail terminé, le boucher prend une douche. Il se débarrasse du sang, de l’odeur.
Il reprendra le lendemain, vers 5 h du matin. Diego Suarez
Novembre 2020

Texte et photos Henitsoa Rafalia

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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