Défis de Conservation et Efforts Communautaires dans la Forêt de Tsitongambarika à Madagascar
2 février 2025 // Photographie // 5583 vues // Nc : 181

Ce reportage photographique, réalisé entre février et mai 2024, met en lumière la vie quotidienne et les défis rencontrés par les gardiens de la forêt de Tsitongambarika, située dans la région d'Anosy, au sud-est de Madagascar. Saviez-vous qu'environ 97 % des ménages dépendent du bois comme source principale de combustible, une situation qui a conduit à la disparition de 29 % de la couverture forestière nationale au cours des deux dernières décennies ? Les prévisions sont encore plus inquiétantes : d'ici 2050, entre 38 % et 93 % de la couverture forestière restante en 2000 pourrait disparaître.

Texte et photos : Safidy Andrianantenaina

Safidy Andrianantenaina est un photographe malgache et bénéficiaire de la bourse Revolutionary Storyteller, un projet conjoint de Photographers Without Borders et On The Edge.

Des racines pour sauver l’avenir
Razafimanampisoa Ronaly (à gauche) et Maka Raymond plantent des jeunes arbres indigènes ainsi que d’autres espèces utilisées pour le combustible et les matériaux de construction, dans le but de restaurer et de protéger la forêt. Ils sont membres de l'une des 55 associations communautaires, les Communautés de Base (COBA), établies autour de la forêt de Tsitongambarika. Cette forêt est menacée par l'exploitation forestière illégale, le braconnage, la production de charbon de bois et la culture sur brûlis.

La conservation, coincée dans la boue
La route menant à la forêt d’Erara, à la frontière du parc national d’Andohahela et de la zone protégée de Tsitongambarika, constitue un véritable obstacle pour les efforts de conservation. Les routes, souvent dégradées et submergées par les eaux ou rendues impraticables par les pluies, ralentissent considérablement les déplacements, entravant l’accès et l’efficacité des actions de préservation.

Pas de banc, pas de livre
Dabera, 17 ans, et son frère Roselin, 14 ans, vivant dans le village d’Amangitelo, pêchent du tilapia pour leur déjeuner. Aucun des deux n’a jamais été à l’école, la première école ayant ouvert en 2023.
Le groupe de conservation communautaire Asity Madagascar a lancé une initiative d’élevage de tilapias pour réduire la pression sur la forêt, en formant des habitants comme Dabera et Roselin et en distribuant des alevins.

Pêcher pour vivre, risquer sa vie
Antsotso, aux abords de Tsitongambarika, la pêche est l’un des rares moyens de gagner un peu d’argent. Cependant, pour ces pêcheurs à la ligne, la noyade est la principale cause de décès, car la plupart ne peuvent s’offrir de gilets de sauvetage.

Agriculture collective à Soamanonga : un modèle de solidarité
Lalaniaina Marie, une jeune femme de 20 ans membre de la COBA, inspecte sa culture d'arachides avec sa fille de un an, à Soamanonga. Elle partage la parcelle de 0,6 hectare avec 10 autres membres de la COBA.

Quand Tradition et Conservation S'affrontent
Christian veille à ce que son troupeau ait accès aux meilleurs pâturages. À Soamanonga, les garçons commencent souvent ce travail dès l'âge de neuf ans et reçoivent un zébu tous les 15 mois en récompense. Traditionnellement, les éleveurs pratiquent le "doro tanety" (brûlage des terres) pour renouveler les pâturages, mais cette méthode peut facilement se propager aux forêts. L’association Asity encourage des pratiques plus sécurisées en formant les habitants à la gestion contrôlée des feux de brousse.

Le riz constitue l'aliment de base des Malgaches, qui en consomment généralement trois fois par jour.

Gardes forestiers et guérisseurs : les protecteurs d'Enekara
De gauche à droite, Mara Tongamana (46 ans), Soja Mahafeliky (38 ans) et Realy Tsitigna (45 ans) sont parmi les derniers gardes forestiers de la forêt d'Enekara, située dans la zone protégée de Tsitongambarika. En plus de leur rôle de protecteurs de la forêt, ils sont apprentis guérisseurs (ombiasy), collectant des plantes, des feuilles et de l'écorce pour leurs remèdes traditionnels. Mara s'exclame : "Sans cette forêt, je ne pourrais pas être Ombiasy. Il me reste encore tant à apprendre."

Miha : un leader éclairé à Enekara Bas
Miha, âgé de 70 ans, préside un Coba de 60 membres à Enekara Bas. Dans le confort de son foyer, il écoute des chants religieux diffusés par son lecteur DVD, alimenté par deux batteries connectées à un panneau solaire, un véritable luxe dans cette région. Sa dévotion envers sa communauté lui a valu le titre honorifique de leader parmi les gardiens de la forêt en 2021, un mandat récemment renouvelé en 2024.

Entre spiritualité et préservation
Razafy, garde forestier, pêcheur et responsable d’une pépinière d’arbres pour Asity Madagascar, est assis sur une roche sacrée à Antsotso. Cette roche, qui collecte l’eau de pluie, sert également de point de prière pour les pêcheurs. Bien que l’introduction du christianisme ait atténué l'importance de nombreux sites sacrés, ces traditions persistent, surtout dans les zones éloignées. Razafy raconte : « La simple présence de ce rocher fait que les pêcheurs s’éloignent de la plage pour leurs besoins. Il ajoute : ici, tu ne vois pas de la merde partout. »

Détruire pour subsister
Dans la zone d’Erara, une opération de répression menée par la DREDD de l’Anosy a échoué. L’objectif était de retrouver deux hommes signalés six mois plus tôt pour avoir défriché une parcelle protégée afin de produire du charbon et cultiver du manioc. Malgré les efforts tardifs, les suspects étaient introuvables.
Cependant, lors de cette descente, Niry, 33 ans, et son complice Dalaka ont été surpris en flagrant délit en train de transformer un tronc d’arbre en planches.

Niry, désespéré par le manque d’argent, avait été attiré par la promesse d’un faux permis de coupe. Pour 5000 Ariary, il avait loué une scie, espérant partager un maigre revenu de 60000 Ariary avec son complice. Bien que la scie ait été confisquée et les contrevenants avertis, l’opération a coûté environ 800000 Ariary, incluant les dépenses liées au carburant, à la location de véhicule et à la mobilisation des agents.

De la criminalité à l'apiculture
Zembo, 59 ans, pose avec ses outils d’apiculture et une scie rouillée, symbole de la vie criminelle qu’il a laissée derrière lui. "L'apiculture a sauvé ma vie et mon âme", dit-il. Aujourd'hui, il possède 30 ruches, générant un revenu bien supérieur à celui de la plupart des Malgaches.
« Je me suis fait attraper cinq fois et j’ai fait de la prison. À un moment, j’avais même monté une association de bûcherons pour couper les palissandres. Après la prison, j’étais complètement fauché. C’est alors qu’un ami m’a parlé d’une formation sur l’apiculture, et j’ai saisi l’opportunité », raconte Zembo.
Dans son village d'Elandy, à l'est de la forêt de Tsitongambarika, Asity Madagascar soutient des paysans comme Zembo en leur fournissant des outils, des formations et un accès à un marché garanti.

Gardes forestiers : entre isolement et manque de soutien
« Les groupes de conservation veulent des rapports, mais je n’ai jamais été à l’école… On n’a même pas de téléphones » déplore Tsitigna.
Il raconte un incendie qui a marqué sa carrière : « Sans moyen de prévenir les autorités, j’ai dû marcher une journée entière pour alerter le COBA. Avec des villageois, nous avons lutté contre les flammes, mais le feu a duré une semaine, réduisant une grande partie de ma zone en cendres.

J’ai même dû utiliser mon stock de riz pour nourrir les volontaires. Ce fut une expérience éprouvante, mais nous avons fait tout ce que nous pouvions. »

La libération du prix plancher : Un espoir pour les producteurs de vanille ?
À Enekara Bas, Damy Christophe, 47 ans, membre du Coba, est cultivateur de vanille. Ces dernières années, le prix de la vanille malgache a chuté. En 2020, le gouvernement a instauré un prix minimum de 250 USD à l’exportation et de 75 000 Ariary pour la vanille verte, afin de protéger les producteurs. Mais une chaîne d’exportation gangrenée par des abus a permis à des réseaux mafieux de détourner cette mesure, pénalisant les cultivateurs.

En mai 2023, face à une crise, le gouvernement a libéralisé les prix, ce qui a poussé les importateurs à chercher à acheter au prix le plus bas possible. Damy continue de souffrir de cette situation, mais garde espoir. « La vanille peut nous apporter suffisamment d’argent et nous éloigner de l’exploitation forestière », ajoute-t-il.

La luxuriante forêt d'Enekara fait partie de la zone protégée de Tsitongambarika.

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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