Le cinéma malgache évolue. Il ne se limite plus aux histoires à l'eau de rose ou à la comédie burlesque qui ont longtemps défini son paysage. Des genres qui exigent davantage de savoir-faire et des équipements plus pointus commencent à s'imposer — et Tandroka, film d'action tout juste sorti, en est la preuve.

Tandroka raconte l'histoire d'une unité spéciale confrontée à des réseaux mafieux et à des situations d'injustice. Un cadre commando assumé, pensé pour donner du rythme et une tension continue au récit. L'histoire contient une part de réalité malgache — les réseaux parallèles, l'impunité, les zones d'ombre — mais avec une grande touche de fiction et d'imagination. Les films hollywoodiens qu'on regarde font quand même leur effet, disons-le. « On voulait un cadre fort capable de porter des messages sans les diluer », explique Salohimamy Fabiano, de Voay Production. Ce qui frappe d'emblée, c'est le choix du terrain — Antsirabe et la région d'Amoron'i Mania, loin d'Antananarivo et de ses alentours qui monopolisent généralement la carte de la cinématographie malgache.
Cette ancrage à Antsirabe n'est pas qu'un décor. C'est une déclaration. Le casting est majoritairement constitué d'artistes de la ville — dont les chanteurs Mamy Bastah et Mafonja, figures connues dans leur registre mais qui font ici leurs preuves devant la caméra, ce qui n'est pas si évident. Des pratiquants de sports extrêmes complètent la distribution, à l'aise dans les scènes physiques que le film exige. Et le dialecte est authentiquement celui du Vakinankaratra — avec ses expressions typiques, ses tournures régionales, et même ces mots jugés crus mais jamais vulgaires que la population locale utilise naturellement, sans censure. Des détails qui, à l'écran, sonnent juste.
La postproduction a mobilisé effets spéciaux, travail numérique et intelligence artificielle — une ambition certaine pour un budget estimé à environ 40 millions d'ariary. Le tournage, conduit dans des forêts et des conditions parfois éprouvantes, a imposé un rythme intense à toute l'équipe. Des projections régionales ont déjà eu lieu à Antsirabe, où les émotions des spectateurs sont montées haut — et des larmes ont coulé — avant une éventuelle distribution plus large. Tandroka se présente ainsi comme un objet hybride, à la fois film d'action, vitrine de talents locaux et terrain d'expérimentation technique. Un signal clair que la prochaine séquence du cinéma malgache se tourne peut-être ailleurs que là où on l'attendait.
Lucas Rahajaniaina
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Photos fournies par l’equipe de Tandroka