K-Mëc : Mister Coktail
8 février 2022 // Gastronomie // 4994 vues // Nc : 145

Véritable chimiste de la boisson festive, K-Mëc n’hésite pas à expérimenter les mélanges les plus improbables pour satisfaire les palais. Pour lui, la création est infinie et… sans modération !

Bartender ou mixologue ?
Les deux, mon colonel (sorbet citron arrosé de vodka pour les connaisseurs, ndlr). Le bartender est celui qui maîtrise l’art du service, le mixologue celui qui crée les recettes et moi je fais les deux. J’ai chez moi un laboratoire équipé de plusieurs variétés d’alcools, de spiritueux, d’épices et de contenants en tout genre. La mixologie, c’est de la chimie, pour bien maîtriser le truc, il ne faut pas hésiter faire le voyage alcoolique… je m’explique ! Il faut goûter à tout car chaque alcool a sa particularité selon sa région, son pays d’origine… Perso, je fais beaucoup de recherches, beaucoup de lectures, je m’adapte aux produits mais aussi à mon environnement et à la demande des clients.

Tes meilleurs cocktails ?
Il y a quelques temps, j’ai participé à un événement All Cool,Look all (Alcool Local) pour représenter les 18 tribus de Madagascar en cocktails. Je me suis documenté sur chaque tribu.

Parexemple, pour les Betsileo, j’ai choisi la corne de zébu commecontenant et j’ai utilisé l’Ambodivoara (rhum artisanal) commebase. Parmi mes autres créations, on retrouve le Litchi Sour, le Banana Split, le Akka… Il en faut pour tous les goûts. Certains adorent les cocktails plutôt salés, crémeux ou à base de persil, de ciboulettes… Personnellement, je les aime amers.

Quelle formation as-tu suivi ?
J’ai fait trois ans en hôtellerie à l’école Sir Gaëtan Duval à l’île Maurice. J’ai choisi la filière Food and Beverage avec spécialisation en bartending. Entre temps, j’ai enchaîné les petits boulots comme plongeur dans un Food Court ou serveur dans un restaurant chinois, le Shandong. Dans cet établissement il y avait un barman qui est décédé peu de temps après et on m’a proposé de lui succéder comme Bar Manager. J’y ai également rencontré un mixologue et j’ai donc appris à composer, à connaître les densités et les spécificités des rhums etdes autres boissons. Quand le Shandong a fermé, j’ai fait la rencontre d’un maître d’hôtel qui m’a proposé de travailler avec luiau Palms Hotel à Quatre-Bornes, au sein du Sky on 12 Loungeau niveau du rooftop. À l’époque, ce n’était pas encoretrès connu. On m’a donné carte blanche pour créer dessignatures cocktails.

Litchi sour
© Photo : Fabio Thierry Andriamiarintsoa

Le retour à Madagascar ?
Je suis revenu en 2018. Je cherchais un endroit pour fairedu jonglage et on m’a indiqué l’Aléa des Possibles de VirginieLavenant. Elle devait inaugurer un chapiteau de cirque en collaboration avec l’Is’art Galerie, l’actuelle Teinturerie à Ampasanimalo, et elle m’a demandé de proposer mes cocktails. Malheureusement, je n’en ai vendu que deux ce jour-là. Mais Cécile, de l’Is’art Galerie de l’époque, m’a proposé de travailler avec eux et defaire évoluer le côté restauration et bar du Comptoir des artistes, j’y suis toujours. J’ai aussi créé un bar mobile pour mieux faire connaître le métier qui n’est pas très valorisé chez nous.

Tes projets ?
De même qu’il y a des festivals de musique ou de danse, je vais organiser un festival des cocktails à la Teinturerie. Ce sera un grand laboratoire, j’y serais avec toutes les personnes qui ont collaboré avec moi, celles que j’ai formées. Ce sera une première à Madagascar. Je voudrais aussi participer au WorldClass, une compétition internationale de bartending. L’océan Indien est toujours représenté par La Réunion et l’île Maurice, pourquoi pas Madagascar ?


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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