Aina Rasamoelina : Le bruit qui court
9 août 2026 // Cinéma // 965 vues // Nc : 199

En juin dernier, Aina Rasamoelina est sacré lauréat Afrique du Prix RFI Instrumental. Son nom n'apparaît jamais sur une affiche de cinéma, mais il figure régulièrement en texte, au générique de début et de fin des films et séries. C'est lui qui compose les sons — et souvent, c'est lui qu'on entend sans le savoir.

Quand les gens regardent un film, ils suivent l'histoire, les visages, les plans. Aina Rasamoelina, lui, écoute autre chose. « Ce qui m'intéresse, c'est la psychologie du film. Où est-ce que le spectateur va respirer ? À quel moment doit-il être surpris ? », explique-t-il. Le son devient alors un narrateur discret — celui qu'on oublie jusqu'à ce qu'il disparaisse. Cette façon presque instinctive d'entendre le monde commence tôt, dans une maison où la chaîne hi-fi du père tourne en permanence, puis dans les montagnes de son enfance où les échos deviennent ses premiers professeurs. « Je ne savais pas encore ce qu'étaient l'écho ou la réverbération. Je les vivais simplement », raconte-t-il. Bien avant les termes techniques, il avait déjà appris à écouter.

Sa vision s'inscrit dans les pas de ceux qui l'ont formé à distance. Bruno Coulais le fascine par sa capacité à traduire la psychologie d'un récit en musique.

Ennio Morricone lui ouvre l'horizon plus tôt encore. « Il savait s'adapter à tous les films. On avait parfois l'impression que chaque œuvre avait un compositeur différent », observe-t-il. Une philosophie qu'il fait sienne — ne jamais imposer une musique à une histoire, mais laisser l'histoire dicter sa musique. Cette écoute attentive, il l'a mise au service de plusieurs productions malgaches — montage son, mixage et composition sur « Mandrakizay Doria », travail sonore salué au FIFOI à La Réunion pour « Le Silence des vagues », et sa signature dans « Haingosoa, Le Photographe » ou encore les deux volets de « Jaomalaza ».

Pour décrocher le Prix RFI Instrumental, les candidats devaient imaginer l'univers sonore complet de deux courts-métrages — composition, bruitages, voix, mixage. L'un, consacré à la préservation des océans, résonne immédiatement avec son engagement environnemental. « J'aurais pu utiliser la bibliothèque musicale de RFI, mais j'ai préféré composer une œuvre originale », explique-t-il. Inspiré par les mouvements de l'eau et la musicalité des vagues, il crée une bande originale inédite qui séduit le jury. Chez lui, les synthétiseurs dialoguent désormais avec la valiha, le lokanga et les percussions traditionnelles — les technologies numériques n'écrasent pas les instruments malgaches, elles leur offrent une autre résonance. Un album instrumental est attendu pour 2027, pensé comme une bibliothèque musicale destinée au cinéma documentaire et de fiction. Aina Rasamoelina ne compose peut-être pas seulement des musiques. Il façonne une autre manière d'écouter les films.

Lucas Rahajaniaina

Contact : 0344222344
Facebook & Soundcloud Aina RASAMOELINA
Photos : Andriaparany Ranaivozanany

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