Tritriva : L’amour en zone interdite
18 janvier 2026 // Cinéma // 29 vues // Nc : 192

Dans un pays où les mythes voyagent plus loin que les routes, il fallait tôt ou tard qu’un réalisateur ose s’attaquer à celui de Rabeniomby et Ravolahanta. Cette histoire mi-vraie, mi-légendaire — notre Roméo et Juliette local — quitte enfin la tradition orale pour entrer dans la lumière du cinéma. Et l’adaptation n’a rien eu d’une promenade au bord du lac.

Tritriva. Un lac mystérieux, juché à 1 800 mètres d’altitude, témoin silencieux du destin d’un couple que la société voulait séparer. C’est là qu’a germé l’idée du film Tritriva, actuellement en production chez CSP Madagascar. « Je voyais ce décor, majestueux et inquiétant, presque comme un personnage », raconte Daniela Rakotoarisoa, directrice de production. Mais avant l’image, il y eut la quête : un an de recherches dans les archives, d’entretiens avec les anciens, de versions qui s’opposent ou s’effleurent. « Rabeniomby et Ravolahanta ne sont pas seulement des personnages : ce sont des symboles. Et les symboles résistent à la simplification », confie le réalisateur Jason Glenn Andriamahefa.

Le travail d’adaptation a exigé un équilibre délicat : respecter la part historique — le Vakinankaratra du XIXᵉ siècle, ses castes, ses fady, ses alliances — tout en assumant la dimension légendaire. Une réelle gymnastique pour toute l’équipe. « Comme Roméo et Juliette, mais dans le style de la campagne malgache », plaisante le réalisateur. Sauf qu’ici, la mémoire collective et le mythe s’entremêlent, rendant l’écriture « plus difficile qu’on ne l’imagine ». Mais l’ossature de l’histoire ne change pas. Rabeniomby, jeune homme modeste, et Ravolahanta, de la noblesse, voient leur amour bridé par les familles, les interdits sociaux et les fady. Le lac Tritriva, avec ses eaux sombres enchâssées dans la roche, devient le témoin silencieux de leur destin.

D’un point de vue technique, l’équipe a dû faire preuve de créativité et redoubler d’ingéniosité : construction de villages entiers, reconstitution de costumes d’époque, mélange de fonds verts, 3D et prises de vues réelles pour le tournage. Les jeunes comédiens ont appris à parler comme on parlait autrefois, et se sont retrouvés avec de longs débats à réciter, à jouer des personnes qui avaient des visions radicalement différentes. Et puis, il y a eu les imprévus : pluies, déplacements compliqués, mouvements sociaux. « Toutes les scènes que l’on tourne, c’est presque un miracle », raconte Daniela.

Alors en plein tournage, Tritriva affiche déjà ses ambitions : image 4K, son stéréo, sous-titres destinés aux festivals internationaux. Prévu pour mars 2026, le film ne se contentera pas de partager l’émotion. Il veut aussi transmettre, comme un devoir de mémoire. « Nous nous adressons aux générations qui ont entendu cette histoire… mais qui n’ont peut-être jamais pris le temps de la découvrir », lance la directrice de production. « Je ne voulais pas seulement filmer une histoire d’amour. Je voulais raconter ce que cette légende représente dans notre identité culturelle. Il ne faut pas oublier que Rabeniomby n’est pas juste un personnage, mais un miroir de ce que traversaient beaucoup de jeunes à l’époque », précise le réalisateur.

Lucas Rahajaniaina

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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