Lauréat de l'AnimJam 2026 à l'IFM Analakely, Tahiry David Animator fabrique des mondes entiers à partir d'un ordinateur, de nuits blanches et d'un sens aigu du chaos cartoon. Entre humour absurde et références pop malgaches, il impose peu à peu sa signature dans l'univers de l'animation.

Vous venez de remporter l'AnimJam 2026. Comment s'est passée cette victoire ?
Le thème était Beyond the Water et au début, je n'avais aucune idée. J'étais allongé sur mon lit quand j'ai pensé à ma vie de jeune père. Quand tu restes seul avec un bébé pour la première fois, tu paniques pour tout. Je me suis dit : voilà mon sujet. J'ai pris cette angoisse réelle et je l'ai poussée à l'extrême version cartoon — tout devenait exagéré, chaotique, absurde. Je pense que c'est cette sincérité qui a connecté avec le jury. Le plus fou : le concours durait huit jours, et moi je n'ai travaillé que sept.
Comment êtes-vous devenu animateur 3D ?
Après le bac en 2008, je n'avais pas vraiment de direction. Mon père suivait une formation en 3D et un jour je l'ai accompagné. Je l'ai vu modéliser des objets sur écran et ça m'a choqué dans le bon sens du terme. J'aimais déjà dessiner, manipuler Photoshop, faire des montages — la 3D est devenue une fusion naturelle de tout ça. J'ai intégré une école de multimédia, et en 2011, un directeur de production de l'agence Tam Tam m'a repéré pendant un concours étudiant. Je travaillais déjà dans le milieu sans avoir vraiment cherché d'emploi.
Votre style visuel, c'est quoi exactement ?
J'aime les animations qui explosent visuellement — expressions exagérées, mouvements absurdes, cette énergie Tom & Jerry. Mes inspirations viennent des choses simples du quotidien et des buzz sur internet. Quand la vidéo de Dax du Barea parlant en anglais a tourné partout sur Facebook, j'ai immédiatement imaginé un personnage animé avec des dents énormes et une caméra collée au visage. Quand une Lamborghini violette buzzait, j'ai fait dépasser une vieille 4L en 3D complètement absurde. C'est devenu ma manière de raconter Madagascar : prendre des situations ordinaires et les transformer en spectacles décalés.
Qui est Boaikeli, votre personnage fétiche ?
C'était mon premier vrai terrain de jeu. Même quand je ne maîtrisais pas encore totalement l'animation, je continuais à le faire vivre. C'est aussi grâce à lui qu'on m'a remarqué. Avec le temps, les concours internationaux sont devenus une façon de mesurer mon niveau — AnimChallenge Europe remporté en 2022, Animation Panafricaine de Triggerfish Academy, WOT Award… À chaque fois qu'un Malgache arrive dans un top 3, ça me motive encore plus.
Les gens ne voient que l'humour dans votre travail ?
Les gens voient souvent le côté fun, mais trente secondes d'animation peuvent contenir une quinzaine de plans — des heures de rendu, de compositing, de corrections invisibles entre Blender, After Effects et Moho Pro. Je prépare un court-métrage, Dahalo, que j'aimerais envoyer dans des festivals et sur TV5 Monde Plus. Et surtout, je veux créer une école d'animation à Madagascar. Beaucoup apprennent seuls avec des tutoriels. Moi aussi, je suis passé par là. Aujourd'hui, j'aimerais transmettre quinze ans de bugs, de rendus et d'univers cartoon.
Propos recueillis par Lucas Rahajaniaina
Facebook : Tahiry David Animator
Photos : Andry Randrianarisoa