Tahina Carine : La nouvelle voix du Sud
1 juillet 2022 // Musique // 10984 vues // Nc : 150

Si elle a choisi de chanter le « talango », un style traditionnel du Sud, accompagnée de son « kabôsy » rustique, c’est qu’elle se sent profondément de ce monde-là. Elle veut être le porte-parole des gardiens de zébus et des ruraux de cette région du sud-ouest où elle a grandi.

Dans sa famille, la musique est une passion. Son père joue de la guitare, sa mère est chanteuse. Son premier public, ce sont les zébus dans les prairies de son village d’Ankilimida, dans la région du Menabe. Bien qu’elle soit née à Ambohimandroso, Tahina Carine a passé toute son enfance dans les campagnes du Menabe. « J’étais fascinée par ces gens qui venaient de la forêt pour venir chanter en plein milieu des marchés. J’étais tellement hypnotisée par leurs voix que j’en oubliais parfois d’aller à l’école ! » Elle est autant bercée par ces chants du Sud que par le folk malgache des années 1970 que ses parents écoutent en boucle. Plus tard, elle n’aura aucune difficulté à reprendre les chansons de Levelo, Lolo sy ny Tariny et Tselonina.

Mais finalement, c’est le répertoire traditionnel du Sud qui a sa préférence, notamment le talango qui signifie « voix mélodieuse » en antandroy. Elle excelle tout autant dans la guitare et le kabôsy, cette petite guitare rustique à quatre cordes qu’elle découvre en fréquentant les jeunes de son village. Son amour pour cet instrument grandit au point que son cousin lui en ramène un de Tana. Il lui apprend quelques bases et la jeune fille tombe sous le charme. « J’ai plus d’affinité avec le kabôsy qu’avec la guitare. Même si c’est assez difficile côté rythmique, il est plus facile quand on cherche des mélodies. » 

Se retrouvant au lycée à Tana, elle y découvre un autre univers et d’autres sons : les klaxons, les sirènes, les marchands ambulants, tous ces les bruits de la ville qui vont l’aider à se construire musicalement. C’est d’ailleurs grâce à l’autoradio du taxi-be qui l’emmène chaque jour au lycée qu’elle étoffe sa culture musicale. « Je découvrais de nouvelles chansons tous les jours et j’essayais de les reprendre à la maison. » Quelques années plus tard, elle monte sur scène pour la toute première fois avec Lolo sy ny Tariny, au Piment Café à Behoririka. Petit à petit, elle noue des relations avec de nombreux artistes. Mais à l’époque, se lancer dans une carrière professionnelle ne fait pas encore partie de ses projets.

Fin 2020, elle fait plusieurs rencontres qui vont changer la donne. D’abord avec le valihiste Rajery qui lui demande de participer au Caravane Rajery 2021 à Toliara. C’est à ce moment-là qu’elle découvre les musiciens qui l’accompagnent jusqu’à maintenant. « En fait, ce sont les musiciens de Rajery. Jerry, à la guitare, Lepa à la basse et Ratax à la batterie. Entre nous, le feeling s’est créé spontanément ! » Et comme le hasard fait bien les choses, elle croise également le guitariste Teta ainsi que la chanteuse Talike Gellé. « Je suis complètement fan de Talike, jamais je n’aurais pensé la croiser un jour ni même partager la scène avec elle… j’en ai pleuré. Elle représente vraiment le talango, cette voix mélodieuse du Sud (talango signifie « voix mélodieuse » en antandroy, NDLR) » La dernière rencontre déterminante sera celle de son manager, Anatole Ramaroson, président de l’association Vaovy, ancien journaliste reporter d’images et fondateur de Aye Aye Studio. « J’ai découvert Tahina Carine à travers une vidéo sur les réseaux sociaux avec une reprise de Lolo sy ny Tariny. Sa voix m’a séduite. Je lui ai proposé de trouver sa propre identité et de composer », explique Anatole Ramaroson. Depuis un an, ils préparent ensemble son premier album déjà baptisé Menabe, en hommage à cette région qui l’a vu grandir. Une dizaine de titres produits par Aye Aye Studio pour le label Talango Madagascar, dont le mixage se fait à Genève (Suisse). « Mon but est aussi de toucher l’international. Donc, il faut être capable de proposer un produit techniquement irréprochable, à la pointe du progrès.  Cela va dans le sens de ce que je fais, de la world music, un mélange de traditionnel et de très moderne. »


Aina Zo Raberanto

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
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