Ianne Karisy : Voix sous les tropiques
3 novembre 2025 // Musique // 7824 vues // Nc : 190

On l’a vu récemment sur scène dans la capitale. La soprano Ianne Karisy incarne la passion de l’opéra, un art rare sous les tropiques. Formée à Madagascar, portée par la rigueur et l’émotion, elle rêve d’un jour chanter un rôle du début à la fin — et de rendre cet art universel accessible à tous.

©photo : Fenosoa Fanomezana

Au mois de septembre, à l’Institut Français de Madagascar, elle interprète Puccini, Massenet, Gershwin, Monteverdi et bien d’autres encore. Le public du Concert Classique du Midi – Madagascar Mozarteum – lui a accordé une standing ovation à la fin de sa prestation. Formée au Centre d’éducation musicale Laka auprès de Holy Razafindrazaka, ancienne du Conservatoire de Paris, elle découvre l’opéra après un parcours de choriste à la FJKM Amboninampamarinana. « La formation est essentielle, dit-elle. Il faut comprendre la technique, le souffle, la langue et l’histoire de chaque œuvre », soutient la soprano. Elle a depuis incarné Frasquita dans Carmen et Diane dans Les Aventures du Roi Pausole, mais son rêve est de jouer un opéra complet. « J’aimerais interpréter un rôle du début à la fin, comme Manon dans Manon de Massenet ou Mimì dans La Bohème de Puccini », confie-t-elle. Faute de structures adaptées, elle ne peut encore aborder ces œuvres dans leur intégralité.

Pourtant, rien n’est plus familier que les émotions qu’elle chante. « Dans la musique classique, chaque suite de notes correspond à une émotion. Même sans comprendre la langue, on peut ressentir la mélodie, le visage, la mise en scène. L’émotion est universelle : c’est cela qui me touche », déclare la cantatrice. Amour impossible, jalousie, mort, renoncement : autant de thèmes qui, pour Ianne Karisy, parlent à tous les publics.

Malheureusement, produire un opéra à Madagascar relève du défi. « Ici, il n’y a pas de conservatoire, pas de maison d’opéra, ni de salle adaptée à l’acoustique », déplore la cantatrice. Les chanteurs répètent après le travail et financent tout eux-mêmes : location de salle, musiciens, costumes, chorégraphes, transports de ces professionnels. « Un billet à 100 000 ariary – qui compenserait le tout – est hors de budget pour la plupart des Malgaches », regrette-t-elle. À signaler que ces difficultés rejoignent une tendance mondiale. L’Unesco note que la plupart des politiques culturelles africaines privilégient les musiques populaires et les arts traditionnels. Et même en Europe, où cet art est né, seuls 3 à 5 % des adultes assistent à un opéra ; plus de 70 % du public a plus de 55 ans et 90 % sont diplômés de l’université. L’élitisme n’est donc pas esthétique, mais structurel, né des inégalités d’accès. Pour Ianne Karisy, l’avenir passe par la pédagogie et la vulgarisation. « Il faut proposer des concerts gratuits, diffuser sur les réseaux sociaux ou à la radio », clame-t-elle. Sa voix, aujourd’hui accompagnée par celle de son mari, pianiste et coach vocal, défend encore « la valeur humaine et émotionnelle, la valeur artistique, éducative et culturelle » de l’opéra. Un art qu’elle rêve de rendre au public.

Mpihary Razafindrabezandrina

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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