Santa : Dealer de mentalité
12 novembre 2023 // Arts de la scène // 6328 vues // Nc : 166

A la une, à la deux, à la trois… Santa, originaire d’Antsirabe, est le nouveau champion national de slam. Après quatre participations, Santatra Andriamanantsoa a réussi à se sacrer favori des participants de la 14e édition du tournoi Slam National à Antananarivo. La finale en octobre dernier n’a eu d’effet que de confirmer l’engagement du slameur à déclamer son pays à l’international.

Comment as-tu vécu les préparatifs du Slam National ?
J’ai eu la chance de pouvoir me préparer dans les temps : étudiant en médecine, je ne pouvais pas me consacrer entièrement au slam, mais cette année, la compétition est tombée pendant les vacances. Pour moi, le slam se gagne à la préparation, et pas en montant sur scène. J’en ai fait ma routine : en m’entraînant au réveil ou en écrivant. En tout, j’ai participé à quatre championnats avant d’arriver à la première place. Quand j’écris des textes, je les prépare en les classant pour les compétitions. Depuis la Slam National 10, j’ai commencé à écrire les textes en espérant les déclamer à la Coupe du Monde de Slam Poésie, et à chaque compétition, je me suis préparé comme si j’allais l’emporter à l’international.

Croire en ses rêves ?
Si j’ai un message à faire passer dans ce sens, c’est que tout désir d’un enfant devrait être exploité, car il pourrait devenir son point fort. Je me souviens d’un moment où je m’entraînais sur un texte sur l’avortement, sujet assez sensible à la maison. Je m’arrêtais chaque fois que mon père entrait dans la pièce. En fait, il peut très bien y avoir des remarques, ou même des critiques de partout, mais il faut continuer à travailler, et forcément, quelqu’un viendra en aide. Les rêves se réalisent à 50 pour cent quand on y croit.

Toi et le slam ?
J’écris beaucoup, de la poésie, des nouvelles, et j’ai même un livre en cours. J’ai commencé à vraiment m’introduire dans le milieu en 2014 : nous étions à Antsirabe avec l’influenceur Enjana, et il m’a emmené à une scène slam à l’Alliance française. Il n’y avait pas encore énormément de personnes, mais j’ai su, à ce moment-là, que j’aimais la scène. Nous avons parlé autour de nous, et trois ans plus tard, je suis devenu le président d’un collectif – Slam 110 – à Antsirabe, où je le suis toujours. Pour moi, slamer, c’est faire passer un message. C’est pour cela que dans la plupart de mes textes, je dénonce ce qui, pour moi, est de la mauvaise mentalité. Je suis une personne, disons, assez carré, et je parle principalement des pratiques qui, pour moi, représentent de l’injustice.

Justement, tes textes révèlent des vérités assez crues ?
La plupart de mes textes parlent de relation entre parent et enfants, et de ce que ceux-ci n’ont pas forcément le courage de dire. Je peux y parler de viol, d’inceste, ou d’avortement. J’emprunte le point de vue d’un enfant, et peut-être que, d’une certaine manière, les difficultés de communication que j’ai avec mon père m’ont été d’une grande aide pour écrire. C’est, je pense, pour cela, que je suis autant à l’aise pour parler des échanges et de la relation de famille. Bien sûr, j’espère aller au-delà du championnat ou à la coupe du monde : je voudrais devenir assez reconnu pour pouvoir influencer et guider un large public. En quelques mots, j’aimerais devenir un « dealer de mentalité » et avoir le moyen de mener des personnes vers des idéologies positives. Pour l’instant, je commence avec ma famille, le collectif, et mes amis : par exemple, j’ai déjà parlé de la distribution de tâches entre la femme et l’homme dans le foyer, et des changements se sont vus à la maison et autour de moi.

Les projets ?
A part la Coupe du Monde en préparation, je compte monter mon spectacle. Il s’agit d’un One-Poet- Show qui s’intitule « Taratasy nalefa ». (Lettre envoyé) Les préparatifs sont encore en cours, mais j’ai grand espoir de pouvoir en faire une tournée nationale. En attendant, avec le collectif, nous préparons des spectacles à Antsirabe, comme Versus, un concours et comme son nom l’indique, c’est un slameur face à un autre. Nous avons également une présentation pluridisciplinaire, Aretintsaina, (Maladie mentale) en préparation dans la ville. De mon côté, je prévois de continuer dans la narration : je fais également de l’animation, et je prévois d’y accompagner mes textes à travers des vidéos courtes.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa
Santa Andriamanantsoa : +261 34 41 274 08

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
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