Orad : « Faire entendre les voix de la jeunesse malgache »
13 janvier 2025 // Arts de la scène // 9931 vues // Nc : 180

Champion de Madagascar du slam national SN15 dont la 15e édition s’est déroulée en décembre dernier, Orad, est un amoureux de la scène. Avec des mots qui dansent et des rimes qui claquent, il donne vie à des histoires, des émotions et des vérités crues. Inspiré par le quotidien, les luttes et les rêves, il transforme chaque scène en un espace vibrant d'énergie et d'humanité.

Enfin, tu es champion de Madagascar du slam national ?
Oui. (rires) J’ai participé au slam national depuis 2019. Sur cinq participations, j’ai été vice-champion, trois fois. Maintenant, je suis Champion de Madagascar. Je suis content, je n’ai pas arrêté de sourire pendant toute la soirée après l’annonce du gagnant. Mais, cette victoire, c’est aussi le résultat de plusieurs mois, plusieurs années de préparation et d’expériences. Le SN15 s’est déroulé en deux temps : le premier tour de l’éliminatoire à Antsirabe et le deuxième tour et la finale, à Tana. Pendant le premier tour, j’ai choisi un texte que j’ai déjà fait quand j’étais à Tamatave pendant le SN12. Pourquoi ? Parce que je ne connaissais pas le public d’Antsirabe, donc, au lieu de faire un nouveau texte, j’ai choisi un texte que je connaissais déjà. Au deuxième tour de l’éliminatoire, ici à Tana, je me suis permis de choisir un texte que j’aime. J’ai fait une sorte d’ego trip et de motivation. Durant la finale à l’IFM, j’avais déjà choisi mes trois textes avant même le début du festival. Et j’ai juste savouré le moment sur scène. Il faut savoir que les préparatifs sont importants dans un tournoi, c’est comme un match. Le slam-poésie, c’est du sport. C’est une littérature qui se mélange avec la performance.

Du slam au théâtre ?
C’était en 2014. J’ai découvert le slam à la télé, un dimanche. Il y avait Gad Bensalem et Na Hassi qui déclamaient leurs textes dans une émission. Je ne savais pas de quoi ils parlaient, mais j’étais hypnotisé. En 2016, j’ai participé à mon premier atelier à l’Alliance Française de Tsiroanomandidy. J’ai commencé à être attiré par la poésie, par l’art de la scène… Je voulais explorer ce milieu et je me suis rendu compte que c’était ma voie. Après mon bac en 2017, je suis arrivé à Tana et j’ai suivi tout le mouvement slam. En 2021, j’ai rencontré des artistes comme des danseurs notamment Ariry Andriamoratsiresy, qui m’a proposé un projet de spectacle. J’étais très curieux de voir ce qui se passait dans le monde artistique. Il m’a invité à « Un jour, un artiste », c’est la première fois que j’écrivais un texte aussi long. Par la suite, Gad Bensalem m’a invité pour une lecture scénique avec Vitsika, mon partenaire de scène. En 2024, j’ai rencontré la Compagnie Miangaly Théâtre et j’ai écrit ma première pièce de théâtre « Rien-volution. » J’ai gagné des expériences et surtout des compétences que je n’aurais pas cru avoir. Et je suis toujours dans l’optique de m’améliorer.

Des histoires et des vérités crues ?
Je parle de mon vécu, mais je pense que dans un texte de slam, on peut mélanger plusieurs thèmes. A mes débuts, je n’écrivais qu’en malgache. On a tous un peu connu le slam comme une sorte d’allitération, des textes qui frappent… Donc, j’ai exploré cette façon d’écrire dans le malgache, j’ai adoré et je mélange cela avec une histoire : un début, une fin, un personnage… Je dirais que je fais du story telling. Sinon, je suis éclectique. Mes thématiques sont généralement sociales : l’enfance, l’humanité, nos différences. Je ne fais pas la morale mais je donne un point de vue. Parfois je suis un peu cru, glauque, mais toujours poétique. Par exemple, mon texte que j’ai fait à Antsirabe parle d’une personne qui s’appelle Humanité et que j’ai massacré au couteau. Il y a peut-être de l’exagération, mais qui amène toujours à réflexion. La réalité n’est pas facile à avaler non plus. C’est peut-être ça l’art ?

Les projets ?
Je prépare déjà le mondial qui se déroulera en mai prochain. Mais j’ai aussi un projet avec la Compagnie Miangaly, qui m’a appelé pour être comédien dans l’adaptation du roman Za Koa de Hary Rabary. Des représentations de cette pièce se feront tout au long de l’année. Également, l’écriture d’autres pièces de théâtre. Et pendant la tournée en Europe, après le mondial, des collaborations avec les slameurs invités pendant le national. Des projets avec la communauté slam locale parce que je gère aussi les scènes à Tana. On va essayer d’organiser des tournois, et de faire entendre les voix de la jeunesse tananarivienne.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

FB : Rado Ravalison

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