Miangaly Elia : Petits univers, grandes idées
12 février 2024 // Arts Plastiques // 5096 vues // Nc : 169

Qui peut trouver de la beauté dans un bidonville ? À priori, personne. Pourtant, avec sa représentation en miniature d’un abri de fortune, Miangaly Elia a charmé plus d’un sur sa page Facebook en décembre dernier. Pourquoi ? Elle se l’explique par son esthétique nouvelle et inhabituelle.

Ces détails minuscules nous absorbent facilement : la rugosité des planches sur le toit, la fine corde à linge, les touffes d’herbe ça et là. Un observateur attentif sentirait presque le vent qui agite ces vêtements en train de sécher. Et tout ça tient dans une seule main. L’artiste a acquis cette attention au détail à l’IST Ampasampito (Institut Supérieur de Technologie). « Quand on étudie l’architecture, on fait des maquettes, c’est la repré- sentation des volumes qui me plaisait le plus. Le prof mesure et si ça dépasse d’un millimètre, il jette. » Mais comme elle a toujours navigué entre plusieurs médiums (dessin, sketch, peinture), cette rigueur dans l’architecture ne lui offrait plus assez de liberté. Elle a choisi le diorama pour concilier ces disciplines. « Avec une maquette, on représente des dimensions. Pour le diorama, c’est plutôt de l’art. C’est toute une scène, c’est comme prendre une photo qu’on peut toucher en trois dimensions. On a recours à destechniques différentes : peinture, couture, découpage, pliage. »

Dès lors, Miangaly Elia se lance dans ce qu’elle appelle sa « folie artistique ». Parmi les symptômes : la récupération. Les murs sont bâtis avec du carton, les vitres en rhodoïd, le gazon est en fait de la sciure de bois récupérée dans la menuiserie du coin, le socle est fait de carton et d’éponge rembourrée de polystyrène. Pour les matériaux plus insolites, elle récupère les bâtonnets d’esquimaux et les tiges de brochettes. La récupération est même devenue une source d’inspiration. « Quand je suis à court d’idée, il suffit que je tombe sur un objet et je me dis que je peux le transformer. Par exemple, si je vois un objet bien rond, je pense qu’il peut devenir une belle tour. » Une fois travaillées, ces matières n’ont plus rien à voir avec ce qu’elles étaient. « Avec de la pratique, même si on m’a conseillé certaines matières, je sais qu’elles ne me conviennent pas. On peut aller plusloin dans les idées, mais après je travaille les détails. » Dans cette deuxième vie, les objets ne se contentent passeulement d’être fidèles à la réalité, et c’est là l’identité deMiangaly Elia. « La plupart des artistes de diorama sont très futuristes, très science-fiction. Moi, je vis plutôt dans les rêves, les choses un peu abîmées où on trouve de la beauté car elles vivent dans le temps, l’imagination et la magie, l’esthétique traditionnelle malgache. » Témoin de cette signature, elle a reproduit le portail d’un vieux domaine abandonné dans la campagne d’Ambatofotsy, un endroit où sa famille passe tous les 1er novembre, avec une végétation pigmentée autrement que dans la réalité. S’inclinant toujours dans l’imaginaire, on peut aussi mentionner ce lit au milieu de verdures et de fleurs. Pour l’instant, elle veut en apprendre plus pour affirmer son identité d’artiste, et maîtriser d’autres techniques. D’ailleurs, elle organise un atelier hebdomadaire de diorama avec une poignée d’artistes, l’occasion d’échanger des savoir-faire, et des petits univers.

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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