Manan'Art Mamiratra : Ça Sent le Zafimaniry
21 juin 2026 // Déco // 35 vues // Nc : 197

Au Parking 67 Ha, un showroom discret abrite des objets qui parlent. Tables aux motifs géométriques, chaises à dossier sculpté, luminaires en bois recyclé — chaque pièce murmure Antoetra, village de l'Amoron'i Mania et capitale d'un art reconnu par l'UNESCO. Bienvenue chez Manan'Art Mamiratra.

Dès l'entrée, le décor impose sa logique. Tabourets aux pieds travaillés, rangements décoratifs, statues murales — tout ici renvoie à la forêt de l'Amoron'i Mania, là où les Zafimaniry ont, depuis des siècles, fait du bois un langage. Leurs motifs géométriques — spirales, entrelacs, losanges — ne sont pas de simples ornements. Ils racontent la fertilité, la force conjugale, la continuité des ancêtres. « Un alphabet gravé dans la matière », avance Sahoby Mamiratra, fille du fondateur Solomon. Fondée en 2016 et formalisée en 2019, Manan'Art Mamiratra ne reproduit pas, mais réinterprète. « Les motifs Zafimaniry représentent la force, la continuité et l'identité du peuple d'Antoetra. On a voulu les garder vivants, mais dans des objets modernes », explique-t-elle. Tables, chaises, luminaires : les créations s'installent dans des salons privés, des hôtels, des espaces de réception. « Des endroits où l'on regarde, où l'on reçoit, où l'on vit », souligne-t-elle.

Le marché local résiste encore. « À Madagascar, beaucoup de gens pensent que la décoration est secondaire ou trop chère », observe Sahoby avec sérieux. Un défi culturel autant qu'économique — dans un pays où l'intérieur reste souvent le parent pauvre du budget. Les prix vont pourtant de 15 000 ariary pour une petite pièce jusqu'à 6 000 000 ariary pour les créations les plus élaborées. De quoi couvrir tous les appétits. Dans l'atelier, une équipe de neuf personnes travaille le pin, le bois recyclé, parfois de l'ébène ancien récupéré. Car la matière première se raréfie. Les bois précieux — bois de rose, palissandre, ébène — font l'objet d'un embargo international depuis 2010 et leur exploitation reste officiellement interdite. Travailler en récupération n'est donc pas un choix esthétique. C'est une nécessité, ou une contrainte devenue signature.

Le défi le plus fou de l'atelier ? Un manteau de cheminée sculpté à l'identique d'un ancien décor en plâtre. Précision extrême. Plusieurs semaines de travail. « C'est moi-même qui réalise les finitions, parce que je maîtrise aussi les techniques de sculpture », précise Sahoby. La touche finale reste une affaire personnelle.

Lucas Rahajaniaina

Contact : 0349780527
Facebook : Manana’Art Mamiratra
Photos : Andry Randrianarisoa

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