Dans un atelier d'Andohatapenaka, un homme passe ses journées à faire entrer le monde dans une bouteille. Pas n'importe quel monde — le sien. Celui des maisons sur pilotis, des zébus, des charrettes et des voiliers qui ponctuent le paysage malgache depuis toujours.

Tout commence avec un père. En 1977, alors que la plupart des artisans de la capitale travaillent le raphia ou la pierre, le père de Randria Rivo Lala s'attelle à quelque chose de plus singulier : faire entrer des scènes entières de la vie malgache à l'intérieur de bouteilles en verre. Un geste de patience infinie, presque monastique. « Cela m'a toujours fasciné. J'ai repris l'art plus tard », confie Randria Rivo. Il ne dit pas quand exactement — comme si la transmission s'était faite naturellement, sans date précise, par osmose.

Aujourd'hui, dans son atelier, la magie opère toujours. Chaque bouteille est un microcosme : maisons malgaches d'Antananarivo, villages ruraux du bout du pays, cases côtières avec leurs couleurs délavées, bateaux à voile suspendus dans le verre comme figés entre deux vents. Les figurines sont habillées de tissu, coiffées de chapeaux minuscules, accessoirisées avec une précision qui tient du vertige. Le bois pour les personnages et les zébus, le tissu pour les vêtements — rien n'est laissé au hasard, tout est pensé à l'échelle de ce monde parallèle.
Le processus lui-même a quelque chose d'hypnotique. « Il me faut moins d'une journée pour réaliser la décoration, mais l'insérer dans la bouteille demande une minutie extrême. Chaque pince, chaque outil est conçu pour s'adapter parfaitement avant la peinture finale », dit Randria Rivo, tout en réalisant la miniature d’un pousse-pousse d’Antsirabe. On pense aux bateaux en bouteille des marins bretons du XIXe siècle — même logique, même folie douce, même rapport obsessionnel à l'espace contraint.
Le résultat est toujours saisissant. La forme carrée des bouteilles les rend adaptables à tous les intérieurs — salon, bureau, chambre d'hôtel. Les particuliers constituent l'essentiel de la clientèle, mais certains établissements hôteliers commandent ces œuvres pour habiller leurs espaces d'une touche malgache authentique. Les prix démarrent autour de 17 000 ariary, selon la complexité du modèle. Pour ce que c'est — un monde entier tenu dans du verre — c'est presque donné.
L'ambition de Randria Rivo dépasse son atelier. Il veut ouvrir une boutique, faire connaître cet art à l'international, lui donner la visibilité qu'il mérite. « Nous voulons que nos œuvres soient reconnues et admirées partout, à Madagascar comme à l'étranger », souligne-t-il. Une phrase qu’il répète à chaque fois qu’il finit une bouteille.
Lucas Rahajaniaina
Contact : 034 31 595 96
Photos fournies par Randria Rivo Lala