Game Jam : Son univers impitoyable
9 mars 2021 // Media & Add-0n // 7408 vues // Nc : 134

Quand on est jeune et passionné de gaming, on n’a qu’une seule envie, commencer à bosser le plus tôt possible en situation réelle. Les « game jam » permettent justement de se faire la main, mais attention aux abus !

« Enfin un rendez-vous où on peut se lâcher, bosser uniquement sur notre passion et ne penser à rien d’autre ! »  Voilà un état d’esprit que partagent des amateurs de la scène vidéoludique à l’approche des hackathon comme le game jam. Mais késako un hackathon ? Il s’agit d’un événement durant lequel des aspirants créateurs, et parfois de jeunes professionnels, se lancent dans un marathon allant de 24 à 72 heures pour sortir un produit fini, dans le cas du game jam un jeu vidéo. Attendu comme une messe par de nombreux passionnés, l’occasion de découvrir le métier de leur rêve en condition réel, le hackathon est devenu une tradition dans les écoles spécialisées comme 42 en France et s’est installé sur le sol malgache il y a quelques années avec le Game Jam Madagascar. Mais derrière ce rassemblement fraternel se cache l’un des plus grands scandales qui gangrène le milieu du jeu vidéo des années : le crunch.

Déjà, il faut savoir que le crunch n’est pas exclusif aux jeux vidéo, et peut être retrouvé dans tous les domaines courant après les deadlines, mais particulièrement mis en lumière ces dernières années dans les studios de développement. Le crunch est cette pratique née de la pression de l’industrie pour sortir un jeu à temps pour diverses raisons, et qui se traduit par la prolongation des journées (et week-ends bien sûr) pouvant atteindre les 15 heures de travail, en jouant allègrement avec les limites de la loi. Une pression venant des dirigeants, des investisseurs, parfois même des joueurs. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a toujours une affaire de gros sous derrière. Et souvent, ce sont les employés tels que les programmeurs qui portent ce poids tout au long du processus de production, avec pour obligation de délivrer un produit décent sous peine de voir leur place au sein de l’entreprise remise en question.

Dans le cas du crunch en milieu professionnel, on parle de semaines, si ce n’est de mois, durant lesquels les employés vivront dans cette ambiance. Le hackathon lui ne dure qu’un grand maximum de trois jours. Et de l’aveu des organisateurs de la Jam de l’école 42, il sert à préparer les étudiants au rythme du monde du travail, en leur laissant le choix d’abandonner si ça ne leur convient pas. Certains diront « c’est le jeu », mais justement, le problème est que le crunch est devenu une pratique courante, parfois considérée comme naturelle dans le développement d’un jeu, qu’importe l’impact qu’elle a sur les humains directement impliqués. On parle quand même de perte de poids soudaine, de dégradation de la santé, et j’en passe.

Depuis quelques années, des voix se lèvent pour dénoncer cet abus. La centaine d’heures de travail hebdomadaires de Rockstar Games pour finir Red Dead Redemption 2, les deux années de crunch sur Uncharted chez Naughty Dogs, ou encore le scandale de CD Projekt Red sur Cyberpunk 2077, avec le résultat qu’on connaît aujourd’hui. Alors oui, pour des novices, la Game Jam est l’occasion de s’enfermer le temps de quelques heures dans leur passion. Mais pour les professionnels, cet événement ne fait que promouvoir le calvaire dans lequel ils évoluent en essayant d’y mettre des paillettes. Le game jam n’est finalement qu’un prétexte pour préparer les jeunes à son univers impitoyable.


Propos recueillis par Eymeric Radilofe

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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