Avec Valise poétique, publié en février 2026, Ludovic Ratsiterena — alias Libertador — signe un recueil dense, né dans l’urgence des événements de septembre 2025. Entre chronique intime et prise de parole citoyenne, le poète malgache transforme le vers en espace de résistance.

Il l’a intitulé « Valise poétique », bien qu’il n’ait jamais pensé à le publier. « C’est le recueil le plus inattendu que j’aie jamais écrit », confie Libertador. Pendant trois semaines, au gré des tensions et des bouleversements du pays, il écrit presque tous les jours. Ce qui devait être juste une chronique se transforme en un véritable objet littéraire — avec 33 poèmes, deux textes en bonus et une sorte de besoin presque physique d’écrire. « Valise poétique est une valise avec une immunité littéraire inviolable », explique-t-il. Ça peut surprendre, mais ça montre bien l’intention : créer un espace où la parole circule librement, sans censure, sans détours inutiles. Dans ses écrits, l’auteur critique, questionne ou éclaire. Une « arme douce, un acte d’amour pour la patrie », précise-t-il.
Dans ce recueil, on navigue à travers différents registres. Il y a de la colère — parfois diffuse, parfois directe — face aux dysfonctionnements. L’espoir émerge aussi, subtilement, entre les lignes. Et puis, il y a ces instants délicats, presque sensoriels : une odeur, un parfum, une sensation qui se transforme en poème.
Comme chez Baudelaire, où le banal devient matière littéraire. Libertador, lui, reste bien ancré dans son époque : manifestations, frustrations collectives, élans populaires. Chaque texte agit comme une capsule de réalité. « Je voulais montrer que certaines choses ne fonctionnent pas, sans désigner quelqu'un », dit-il. C’est une ligne fine, délicate, mais bien présente. Défendre le droit d’expression sans tomber dans l’invective. Dire sans accuser directement. Une attitude qui rappelle, d’une certaine manière, les traditions orales malgaches — où l’on suggère parfois plus qu’on n’affirme.
Le style de Libertador, c'est un peu comme une conversation entre amis. Il utilise une langue simple, accessible, mais qui porte toujours une touche poétique. À 28 ans, ce poète ne compte pas s'arrêter là. Il a des projets en cours, que ce soit des nouvelles, un roman, des concours internationaux ou des résidences artistiques… L'ambition est bien là. Il parle aussi de son engagement dans le projet « 1 Écrivain, 1 Bibliothèque », une façon de faire vivre la littérature au-delà des pages. « Ouvrir cette valise, c’est accepter un voyage », dit-il.
Lucas Rahajaniaina
Contact facebook : Ludovic Ratsiterena
Photos Andry Randrianarisoa