Littérature et révolution
16 novembre 2025 // Littérature // 1521 vues // Nc : 190

Alors que le pays se prépare à s’embraser, je n’ai trouvé rien de mieux à faire que de lire. Mais lire quoi? Qu’est ce qui nous concerne encore dans cette littérature africaine alors que notre pays est en feu? La réponse est que la littérature africaine parle et peut-être même qu’elle n’a jamais parler que de ça de loin ou de près. De Sony Labou Tansi à Henri Lopes, c’est un florilège d’écrivain qui parle de cette révolution, de la dictature et de l’Afrique malmenée par les manières politiques.

SONY LABOU TANSI , MACHIN LA HERNIE

Pour ouvrir le grand bal des œuvres politiques: Machin la hernie. Tout est là et au vu du contexte malgache, le roman sonne comme une prophétie. Culte de la personnalité, dirigeants ridicules, folie des grandeur et bassesse d’esprit enrobés d’une monarchie camouflée sous la grandiloquence des noms pétaradants comme DEMOCRATIE ou REPUBLIQUE. C’est Machin la hernie.

Le roman raconte l’histoire de Martillimi Lopez, ancien révolutionnaire, qui s’est emparé du pouvoir à la suite d’un coup d’État. Au départ, il prétend vouloir libérer son peuple, mais très vite, il devient paranoïaque, mégalomane et cruel. Il élimine ses opposants, contrôle les corps, manipule la langue et transforme le pays en théâtre de la terreur. Sous son règne, le pouvoir devient maladie. Un pouvoir symbolisé en excroissance à la fois physique et politique. À la fin de roman, Lopez se fait renverser par… un Colonel .

«- Qui est au fil?
- Le colonel national Carvanso.
- Quelles nouvelles Carvanso?
- Un grand malheur: Vauban a pris le pouvoir.
- Mais quel Vauban?
- Votre colonel de sécurité.
- Vauban a pris le pouvoir…Mais quel pouvoir?
- Votre pouvoir mon colonel.»

Des éléments suffisent pour dire que la littérature nous parle d’aujourd’hui et de demain. Elle nous prépare, nous éclaire, parfois même elle nous avertit. Lire, est dès lors un acte de survie. Un geste de lucidité au cœur du tumulte.

ZA DE RAHARIMANANA

Et puis il y a le Za de Raharimanana. un livre qui dès ses premières pages fait acte de prémonition.

La révolution menée par la Gen Z repose sur la problématique de la hiérarchie de parole dans la société malgache. Qui peut parler ? Qui en a le droit ? Le zandry peut-il parler au nom du peuple ? Raharimanana ouvre son roman justement par ce demande solennelle de parole, le «fialantsiny».

«Eskuza-moi. Za m’eskuze. À vous déranzément n’est pas mon vouloir, défouloir de zens malaizés, mélanzés dans la tête, mélanzés dans la mélasse démoniacale et folique. Eskuza-moi.

Za m’eskuze. Si ma parole à vous de travers danse vertize nauzéabond, tango maloya, zouk collé serré, zetez-la s’al vous plaît, zatez-la ma pérole, évidez-la de ses tripes, cœur, bile et rancœur, zetez-la ma parole mais ne zetez pas ma personne, triste parsonne des tristes trop piqués, triste parsonne des à fric à bingo, bongo, grotesque elfade qui s’égaie dans les congolaises, longue langue foursue sur les mangues mûres de la vie. Eskuza-moi. Za m’eskuze. Za plus bas que terre. Za lèce la terre sous vos pieds plantée. Za moins que rien. Za vous prend la parole ô pécé ô pécé, huitième pécé : orgueil de la gorze qui s’ignore vain tambour, mère des échos qui se fracassent sur la souperbe indifférence de nos maîtres qui savent, savent la suave poussance de la force, poussance contre nous pressés, broyés, savent la vassale lâceté à nous rivée à zamais, savent ils savent. Za m’askuze. Za vous prend la parole : pécé ô pécé, huitième pécé, parole prise et raclée dans vos gorzes, parole prise et ciée sur votre langue, Za vous prend les mots et Za ne sait qu’en faire»

Cette langue brisée, née du kabary, dit toute la douleur et la dignité de cette parole arrachée, tordue, mais vivante. C’est la parole d’un peuple qui revient dans sa bouche.Aujourd’hui, cette parole est celle des jeunes. Demain, peut-être, elle sera celle d’autres.

Mais qu’importe, c’est la parole reprise, la parole rendue. Elle porte déjà, dans sa blessure, la promesse d’un monde plus vrai. La fin de ce passage, ce flottement où la parole est prise mais que la langue hésite, c’est le Madagascar à l’instant où je vous écris. Ce flottement est le lieu de tous les possibles. Ce n’est pas un silence. C’est une promesse.

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature / Journaliste.

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Décembre arrive et, comme chaque année, Madagascar se réveille culturellement.
Soudainement, les salles de spectacle se remplissent, les artistes sortent du bois, les concerts s’enchaînent. C’est la saison des festivités de Noël mêlant sacré et profane, et des expositions de dernière minute. Bref, tout le monde s’active comme si l’année culturelle se jouait en un seul mois. Et franchement, il y a de quoi se poser des questions. On ne va pas se mentir : les artistes malgaches ne sont pas là uniquement pour nous divertir entre deux repas de fête. Ils bossent, ils créent, et à leur niveau, ils font tourner l’économie. Le secteur culturel et créatif représentait environ dix pour cent du PIB national et ferait vivre plus de deux millions de personnes. Pas mal pour un domaine qu’on considère encore trop souvent comme un simple passe-temps sympathique, non ?
Alors oui, ce bouillonnement de décembre fait plaisir. On apprécie ces moments où la création explose, où les talents se révèlent, où la culture devient enfin visible. Mais justement, pourquoi faut-il attendre décembre pour que cela se produise ? Pourquoi cette concentration frénétique sur quelques semaines, alors que les artistes travaillent toute l’année ? Des mouvements sont actuellement en gestation pour revendiquer leur statut d’acteurs économiques essentiels et pour que l’on accorde à nos créateurs une place réelle dans la machine économique du pays. La culture malgache vaut bien mieux qu’un feu d’artifice annuel. Elle mérite qu’on lui accorde l’attention qu’elle réclame douze mois sur douze.

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