HOMMAGE Xhi
8 juin 2024 - CulturesNo Comment   //   160 Views   //   N°: 173

Tsimitoviaminiandriandehibe Rajaofetra Guy (Xhi), artiste, philosophe, nous a quittés le 8 mai dernier. Cet illustre personnage laisse un vide dans la culture malgache, quelques personnes proches ou qui l’ont côtoyé lui rendent hommage. Nous les remercions de nous avoir laissé emprunter leurs mots. 

© Photo : Yvan Acker’

Non, c’est juste que les choses qui attirent le moins l’attention sont souvent les plus importantes. Il faut toujours être attentif dans la vie, ce sont les détails qui font la différence.

Xhi dans le no comment® magazine – Mars 2015


XHI & M’AA – Aujourd’hui je ne poste rien d’autre que leurs photos, en leur honneur!
Pour les malgaches, ils sont les Rita Mitsouko, et bien plus. Un couple d’artistes comme on n’en trouvera plus jamais, des personnages singuliers dans tout le paysage artistique malgache. Entre artistes nous avons des points communs. Ils sont aussi musiciens auteurs-compositeurs. Auteurs entre autres de la fameuse chanson « Besorongola », l’histoire d’un petit garçon épris de liberté qui dévalait le flanc de la colline sur un « sahafa » en guise de luge (instrument plat, rond et creux sur lequel on met le paddy décortiqué et qu’on agite au vent pour séparer le riz du son). Ils jouaient dans le métro parisien dans les années 70. Ils sont aussi des peintres renommés, Bd-istes (Charlie Hebdo). Avec Tsilavina Ralaindimby, nous étions les initiateurs de la scène du CGM, où tous les artistes qui avaient débuté dans les années 80 sont venus jouer et se sont faits connaître. Ils signaient ensemble leurs oeuvres. Chez XHI & M’AA les femmes ne sont pas des barbies. Elles sont rebelles, respectent les ancêtres et entrent en transe pour communiquer avec les esprits. XHI vient de nous quitter, je lui rends en particulier hommage et le remercie pour toute l’affection qu’il m’avait réservée. Il était un véritable grand frère pour moi. Je me sens aussi orphelin et présente toutes mes condoléances aux membres de leur famille dont certains me sont toujours très proches. »

Jonny Andriamanankoavy dit Jonny R’AFA, sculpteur.


Dans l’éclat des toiles qu’il peignait, Xhy, Dia Dio Rasalama Dia Hatrinielabe, révélait un monde parallèle, où les couleurs dansaient en harmonie, où les mots prenaient vie. Penseur visionnaire, il explorait les méandres de l’existence, dévoilant des vérités cachées, des univers insoupçonnés.
Ses idées sur l’origine du monde étaient un kaléidoscope de pensées, où chaque teinte, chaque nuance, révélait un fragment de vérité, Xhy, tel un alchimiste des mots, distillait sa sagesse avec éloquence, nous invitant à contempler le monde sous un jour nouveau, avec patience.
Aujourd’hui, alors que ses pinceaux se reposent et que ses chants se taisent, je remercie Xhy pour avoir éclairé notre chemin de sa lumière singulière, son héritage perdure, une ode à l’originalité, un hommage à la pensée audacieuse. Pour avoir ouvert les portes de la perception, nous lui serons éternellement reconnaissants.
Xhy, un des pionniers du yoga, donnait des conseils avisés à ses proches et invitait à la plus grande prudence. »

Tiavina Ranaivo


Lors de son retour sur scène après des décennies de hiatus, Xhi nous a proposé de faire leur première partie. La première fois on a poliment refusé: on voulait juste apprécier ce retour, dans le public, la seconde fois, on a dit oui, ce fût beau, je penserais à publier la vidéo. Quand je dis on, je parle de Jaomanoro et moi. Une fois, un ami à lui (qu’il a présenté comme étant un génie de la Silicon Valley) a loué une salle au Carlton, et on a joué là, la porte fermée, personne ne pouvait entrer, la grande salle était remplie de chaises vides
Durant cette brève mais intense période, j’ai eu l’occasion de le fréquenter, de poser des questions profondes, de suivre tant bien que mal le fil de ses idées, de filmer ça sous forme d’interviews, de m’immiscer dans son quotidien et d’être fasciné par comment son psyché fonctionne et par sa créativité magnifique et magique. Il nous a prévenus que ceux qui le fréquentent de trop près perdent la raison et deviennent fou, je crois qu’on a su garder notre sanité d’esprit. Notre dernière discussion tournait autour d’Israël, puis on s’est perdu de vue…
Xhi fait partie de ces gens qui sont devenus une institution, Xhi et M’aa, izy iray, est de ces couples mythiques, il n’en existe pas deux à Madagascar, même dans le monde, même dans l’histoire du monde, il (par il, je parle ici du couple) s’est créé sa propre mythologie, si c’est n’est pas beau
Xhi aurait peut-être voulu rejoindre Rasalama, sa grande aïeule, j’espère qu’il est content là où il serait, j’espère que sa famille et ses proches sauront accéder au fiononana.
Vahömbey s’en est allé
Xhi s’en est allé
Brave New World » 

Mose Njo, écrivain


Je suis toujours sceptique et pas du tout d’accord avec l’approche dont M’aa Sy Xhi Tsimitoviaminandriandehibe interprétaient l’Histoire de Madagascar – notamment, leur démarche ethnolinguistique relativement nombriliste postulant que Madagascar est l’origine du Monde.
Mais je respecte ce point de vue et les velléités pleines de noblesse de vouloir faire reconnaître notre pays sur la scène internationale. En tant que Zandry ayant ce profond respect pour eux, j’ai choisi la voie du Silence. Par contre, la chose qui me fascine dans leurs œuvres, c’est la précision quasiment scientifique des peintures qui reflètent vraiment notre civilisation ante- européenne. 
On peut y voir des objets d’intérêt archéologique, re-dessinés fidèlement, à titre d’exemple:
- Le « Loviamanga » dessiné parfaitement suivant les mesures à l’issue des fouilles archéologiques du site de Fanongoavana
- Tous les ornements et décorations, habillement, disposition spatiale
- Tous les instruments de musique
- Tous les rituels des anciens 
- Les amulettes, Sampy, 
- Tous les détails dans les peintures
Et même les « Hadivory » sont remplis d’eaux…
J’ai remarqué aussi dans leurs peintures plusieurs représentations très précise de symbolisme héritées de la civilisation malayu-sanskrit, dont :
La déesse Kali Maa dansant sur le taureau Nandi, lui-même fils de Surabhi – Vahana de Shiva Hari.
Des fois je suis tenté d’adopter les réflexions de Xhi :
Et si Maa représente Kali ? sur Nandi (Nandihizana) et Surabhi le Sorabe
En tant que simple « olombelona », ce qui m’intrigue le plus c’est comment ils ont pu voir avec tellement de clartés / précisions des choses que les anthropologues, les historiens, les archéologues – peinent souvent à vérifier. 
Enfin, j’admire bien les « zanozano » de Xhi et ses décors / ornements. Dans les temps anciens, il représente le standard de beauté idéal en Imerina. Je tiens à le remercier pour avoir non seulement transmis les codes vestimentaires de mes ancêtres, mais surtout d’avoir osé les porter quotidiennement.
Un jour, je me ferais l’honneur de m’habiller comme lui, lors de grand événement culturel et familial chez moi, dans l’Amoronkay.
Terima Kasih Xhi 
(Terima Kasih veut dire Tena Mankasitraka, cette phrase indonésienne pour exprimer la gratitude vient du Malagasy : Tena Mankasitraka) »

Michaël L. Randriamaniraka, Anthropologue

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