Le droit à l'information est universel — y compris pour les personnes sourdes et malentendantes. C'est là qu'entre en scène Fidy Manantsoa, dont le métier est de traduire en simultané le journal télévisé en langue des signes malgache. Un visage bien connu des téléspectateurs de la TVM, même si peu savent vraiment ce que ce médaillon en bas de l'écran raconte.

Ce petit encart en bas à droite du petit écran, dans lequel un homme gesticule pendant que la présentatrice lit l'actualité — ce n'est pas un bug d'affichage. C'est de l'inclusion en acte. Pendant douze ans, de 2009 à 2021, Fidy Manantsoa a occupé cet espace au JT de midi de la TVM, traduisant l'actualité en direct pour les personnes sourdes et malentendantes. Une discipline qu'on appelle l'interprétariat visuo-gestuel — les yeux remplacent les oreilles, les gestes remplacent le son. « La traduction concerne l'écrit, l'interprétariat relève de l'oral — ou plutôt du visuo-gestuel pour notre cas », précise-t-il. Et comme dans toute langue vivante, la langue des signes a ses propres déclinaisons — malgache, française, anglaise — avec même des dialectes régionaux et des accents selon les communautés. Une richesse que le grand public ignore souvent.
Son aventure commence en 2006, alors qu'il est étudiant en communication à l'Université d'Antananarivo. La dimension anthropologique du langage le passionne. Il côtoie l'Akanin'ny Marenina, enchaîne les formations auprès de la Fédération des Sourds de Madagascar et devient interprète en 2009.
« La langue des signes est une langue à part entière, avec sa propre grammaire, scientifiquement reconnue comme telle depuis des travaux fondateurs parus aux États-Unis en 1960 », explique-t-il avec conviction. Le direct du JT est un exercice particulier — on dispose du conducteur à l'avance, mais les invités VIP qui sortent du cadre, les breaking news qui surgissent, la pression du plateau en temps réel changent vite l'équation. « Il y a l'obligation de neutralité absolue et la fidélité stricte au message — ni plus, ni moins. »
La communauté sourde est aussi un univers foisonnant d'humour visuel, de deaf jokes bien senties et de codes propres — on agite les mains en l'air plutôt qu'applaudir, on utilise des flashs lumineux plutôt que sonner à la porte. « Parfois, les gens me confondent directement avec une personne sourde. On m'aborde en signes dans la rue. On en rit, mais ça prouve à quel point le lien est fort », se réjouit-il. Malgré une charge mentale comparable à celle des interprètes de conférences internationales, la profession reste sous-évaluée — environ 100 000 ariary la demi-journée, soit un tiers du tarif d'un traducteur classique. Fidy n'en a pas fait une raison de ralentir. En 2025, il a lancé l'agence Signe et Inclusion pour former la relève. Parce que signer, c'est bien plus que bouger les mains — c'est faire entendre toute une culture.
Tatiana Randriamanakajasoa