« Tiako hitoetra » : « Dolce Vita » tananarivienne
4 mai 2022 // Cinéma // 4713 vues // Nc : 148

Sorti en DVD le 7 avril dernier, « Tiako hitoetra » est une histoire d’amour qui reflète à merveille les trépidations d’une certaine jeunesse tananarivienne. Amours, disputes et fêtes arrosées, tout y est !

Tiako hitoetra (1 h 25, 2022), produit par Craft Film Madagascar et réalisé par Mamy Ranto, s’ouvre avec une scène de conflit qui oppose trois jeunes : Andhy, Karen et Luc. Ce dernier est en colère car il surprend sa copine Karen en train de flirter avec Andhy dans un restaurant. Luc accuse Andhy de lui avoir piqué sa meuf. Andhy reproche à Karen de lui avoir caché qu’elle était déjà en couple avec Luc. À l’issue de cette dispute, la rupture est consommée entre les trois, non sans laisser une profonde rancœur, surtout chez Luc. Le jeune cinéaste Mamy Ranto, qui est aussi le scénariste, excelle dans la narration de ces scènes conflictuelles

Après avoir rompu avec Karen, Andhy tombe amoureux de Kezia, une étudiante en première année de gestion, comme lui.  Toute histoire d’amour comporte une force antagoniste qui peut séparer le couple, ici elle est incarnée par Luc qui s’avère être le grand frère de Kezia et par Roger, leur père, brillamment campé par Rakotofiringa Roland dit Ratrema.

L’attention se cristallise désormais sur une question : Andhy et Kezia vont-ils parvenir à préserver leur amour malgré cette opposition ?

Malgré d’indéniables qualités, le scénario comporte quelques incohérences : vers la fin du film, un événement tombe comme un cheveu sur la soupe, car aucun élément antérieur n’explique qu’il survienne ! Tiako hitoetra bénéficie cependant d’une réalisation simple et efficace. La bande originale composée de chansons anglophones suggère la vie occidentalisée des jeunes Tananariviens. Une jeunesse dont le côté hédoniste est illustré dans le film par le goût des fêtes arrosées avec prise de drogue sous forme de pilules. Le film est déjà en vente sur le marché.


Aina Randrianatoandro
Association des critiques cinématographiques de Madagascar (ACCM)

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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Photos : Andriamparany Ranaivozanany

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