Soja Ramiandrisoa Fulgence « Les albinos sont en danger de mort »
4 octobre 2022 // Assos // 4592 vues // Nc : 153

Depuis trois ans, les cas d’enlèvements et de meurtres d’enfants albinos ont augmenté à Madagascar, sur fond de superstition et d’obscurantisme. Pour Soja Ramiandrisoa Fulgence, le président d’Albinos Madagascar, il est urgent de mettre fin à ce scandale.

Les violences faites aux albinos ne concernent pas que l’Afrique continentale, toujours pointée dans ce dossier…
On sait que la prévalence de l’albinisme est plus importante chez les populations africaines.  Même si les attaques contre les albinos restent minoritaires à Madagascar, on assiste à la montée de ce phénomène. C’est pourquoi nous avons décidé, nous, les albinos, de créer notre association, avec le soutien d’Autisme Madagascar dont nous partageons le projet Mouvement pour la différence. L'albinisme est une maladie génétique qui se traduit par une hypopigmentation de la peau (peau claire), des poils, des cheveux et des yeux. S’attaquer à ceux qui en sont atteints est une atteinte aux droits de l’Homme. Nous sommes près de 300 membres dans tout Madagascar et nous voulons alerter les pouvoirs publics sur ce problème. Nous travaillons au recensement de cette population tout en développant des actions de sensibilisation en

collaboration avec l’UNICEF et le ministère de la Justice. Nous nous concentrerons sur quatre régions pilote qui comptent le plus d’albinos, comme l’Atsimo-Andrefana, l’Androy et l’Anosy.

Pour quelles raisons les albinos sont-ils plus particulièrement ciblés ?
Nous sommes victimes d’un vieux fond de croyances provenant apparemment d’Afrique continentale, comme de penser que nous avons des pouvoirs de guérison, la faculté de rendre les gens riches ou de faire gagner des voix aux politiciens. C’est ainsi que certains de nos organes sont utilisés à des fins de sorcellerie. Les enlèvements d’albinos ont d’abord commencé en Afrique de l’Est, notamment au Malawi et en Tanzanie. En Afrique, à la veille des élections, les cas de kidnapping augmentent sensiblement. Grâce au combat mené avec les Nations unies, ces cas ont considérablement diminué. Mais nous pensons que les criminels qui ne pouvaient plus commettre d’enlèvements sur le continent sont peut-être arrivés à Madagascar, par la région Atsimo-Andrefana où l’on compte de nombreux cas. C’est une hypothèse.

L’albinisme n’est pourtant qu’une maladie parfaitement connue ?
C’est une maladie génétique héréditaire rare, due à une absence de mélanine, un pigment qui se retrouve dans la peau, les cheveux, les poils, et au niveau de l’œil dans la rétine et l’iris. Nous sommes naturellement myopes et cela est incorrigible. Nous supportons aussi très mal le soleil en raison d’absence de protection contre les UV au niveau de la peau. En revanche, on a pu noter que la majorité des albinos ont une grande capacité intellectuelle et de mémorisation.

« Je subissais des brimades, on me croyait contagieux »

Comme cela se passe socialement pour un albinos ?
Nous sommes victimes de toute sortes de discriminations, notamment professionnelles. Pour ma part, à l’école primaire, les enfants me fuyaient. Je subissais tout un tas de brimades, car on me croyait contagieux. Durant les cours, je devais me lever parce que je ne voyais pas ce qui était écrit sur le tableau, et cela dérangeait la classe. À la fin, je ne voulais plus aller à l’école. Nous demandons au ministère de l’Éducation nationale d’informer tous les enfants sur cette maladie qui n’est évidemment pas contagieuse ni placée sous le signe d’une malédiction. Surtout, nous ne voulons pas être des assistés pour la société car nous sommes des personnes compétentes dans tous les domaines.

Pourtant les albinos peinent à trouver un travail ?
Selon une étude de l’association, 70 % des albinos sont diplômés, mais les entreprises privées sont réticentes à les recruter. Parmi nos membres, nous avons un médecin. Nous avons fait ce test : quand il met sa photo sur un CV, il ne reçoit aucun retour ; quand il ne met pas sa photo, il est appelé pour des entretiens mais dès que les gens le voient, il est rejeté.

Que faire dans l’immédiat ?
Les autorités doivent prendre leurs responsabilités. Il faut qu’elles enquêtent sur ces enlèvements d’albinos et appliquent les peines encourues pour leurs auteurs. Au Malawi, tout un travail d’éducation a été fait et aujourd’hui il existe des députés et des chefs d’entreprise albinos. Il faut valoriser les personnes en fonction de leurs compétences et non du physique.


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Exposition : Quand l'art prend racine dans le vivant

Lire

14 janvier 2026

Exposition : Quand l'art prend racine dans le vivant

Dendrophile s'inscrit dans la continuité d'Antson'ny tontolo miaina, projet initié en 2023 par la curatrice indépendante Ihoby Rabarijohn, qui relie a...

Edito
no comment - Bonne… continuation

Lire le magazine

Bonne… continuation

Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

No comment Tv

Making of shooting mode – Décembre 2025 – NC 191

Retrouvez le making of shooting mode du 𝗻𝗼 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁® magazine, édition décembre 2025 - NC 191
Prise de vue : Ambatobe Résidence 
Collaborations : Kostami - Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Addie, Kenny, Mitia, Natacha, Onitiana, Manoa, Santien, Mampionona
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

African Series Of Poker

African Series Of Poker, en décembre à l’Hôtel Carlton à Anosy

no comment - African Series Of Poker

Voir