Drakabe : Des pas perdus
18 avril 2026 // Arts de la scène // 39 vues // Nc : 195

À Antsohihy, une association de dix membres s'est donné une mission qui tient en un mot : transmettre. Les danses traditionnelles tsimihety — Bahoejy, Malesa, Antosy — ont failli disparaître dans l'indifférence générale. Elles sont revenues par les réseaux sociaux. Personne ne l'avait vraiment prévu.

Ça commence par une vidéo. Des pas publiés par Drakabe sur les réseaux, un extrait de « Mandia môtro » — marcher sur du feu — et soudain, les commentaires s'enflamment. Le public malgache, surpris par sa propre fascination, redécouvre la danse tsimihety comme on retrouve une vieille photographie de famille au fond d'un tiroir : avec une émotion qu'on ne s'attendait pas à ressentir. Fondée en 2015 à Antsohihy, l'association Drakabe réunit passionnés, amateurs et professeurs de danses traditionnelles tsimihety autour d'un objectif commun : « approfondir cette culture ». Dix membres. Deux entraînements par semaine, quatre heures chacun. Et une conviction chevillée au corps — c'est le cas de le dire.

Sur la piste, un lambahoany aux hanches, des coups de tête répétitifs, le garçon s'accorde à la fille sur des pas millimétrés. « Ce mouvement de la tête est présent dans toutes les danses traditionnelles tsimihety. Il montre la force et l'énergie de l'homme et permet au public de rester éveillé », explique un membre de l'association.

Comme le déhanché des femmes, ce geste est travaillé en amont pour une synchronisation parfaite — un mouvement ancien, remarqué et formalisé seulement dans les années 2000. Le Bahoejy, le Malesa, l'Antosy : trois danses, trois histoires, un même fil. Le public va des 5 ans aux 50 ans et plus. La danse, au moins, ne fait pas de discrimination d'âge.

Chaque danse porte sa propre mémoire. Le Bahoejy tient son nom de son créateur et servait à l'origine de représentation de villages tsimihety — chaque pas en porte le nom, comme autant de géographies dansées. Créé en 1975, officialisé en 1985. Le Malesa, lui, est né à Bealàlana la même année, sous la main de Tilahifotsy. Il se reconnaît à des pas comme le « Ahilahila », où les partenaires s'échangent de place dans un jeu subtil de présence et d'absence. L'Antosy vient du Mandritsara de 1962, et porte un message plus intime : « Cette danse représente la séduction amoureuse, une manière de courtiser la jeune fille à travers les pas, sans gestes offensants », font savoir les membres de Drakabe. Le « Manjenjy » dit la même chose, autrement.

L'ambition de Drakabe dépasse les frontières de la région. « Nous projetons de faire apprécier cette culture au public malgache, afin que celui-ci ne la rejette pas. C'est en donnant de la valeur à cette identité culturelle qu'on commence à mettre en valeur qui on est », martèlent-ils. Le message est clair, presque militant. « On se creuse souvent la tête sur l'industrialisation alors que l'Afrique danse. Tous ces pays puissants n'ont pas rejeté leur danse traditionnelle », poursuivent les membres. Drakabe est un pied de nez discret à ceux qui regardent vers l'extérieur en oubliant ce qui bat sous leurs pieds. Une fierté nationale, disent-ils. Un bon coup de tête — au sens propre comme au figuré — pour lancer le pays. La question qui reste suspendue, c'est celle-ci : combien de Bahoejy faudra-t-il encore pour que Madagascar arrête de chercher ailleurs ce qu'il a déjà dans les jambes ?

Rova Andriantsileferintsoa

©photo : Drakabe

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Littérature : Hommage à Clarisse Ratsifandrihamanana

Lire

15 avril 2026

Littérature : Hommage à Clarisse Ratsifandrihamanana

Les écrits restent, l’héritage demeure. Samedi 11 avril, une étape symbolique a été franchie au Musée de la Photo à Ambohidahy : l'inauguration offici...

Edito
no comment - Notre janvier à nous

Lire le magazine

Notre janvier à nous

Il y a quelque chose d'assez beau dans l'idée de commencer l'année en mars. Quand le reste du monde a déjà oublié ses résolutions de janvier, nous, nous prenons le temps — celui du calendrier lunaire, celui des ancêtres. Ce n'est pas du retard. C'est une autre façon de mesurer le temps.
Cette année, quelque chose a changé. Ou plutôt : quelque chose est en train de revenir. De plus en plus de Malgaches — jeunes surtout, ce qui n'est pas anodin — se retournent vers leurs racines, cherchent à comprendre ce que signifie réellement l'Alahamadibe, posent des questions que leurs parents n'avaient pas forcément posées. Cette prise de conscience mérite qu'on s'y arrête. On ne peut avancer qu'en sachant d'où l'on vient. C'est vrai pour les individus.
C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

No comment Tv

Interview - kaMi - Avril 2026 - NC 195

Découvrez kaMi artiste recycleur dans le no comment ® NC 195 - avril 2026
Né à Antananarivo, d'origines Betsimisaraka et Mahafaly, il transforme depuis l'adolescence les déchets en œuvres d'art. Canettes, bouteilles, journaux, emballages : entre geste écologique et démarche artistique, cet artiste recycleur self-made rêve aujourd'hui d'une boutique et de transmettre son savoir-faire.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir