Sombiniaina Fotsiny : On ne demande qu’à en rire !
7 septembre 2023 // Arts de la scène // 9086 vues // Nc : 164

Humoriste à 25 ans, Laha Sombiniaina Ranarivelo, de son nom de scène Sombiniaina, et Sombiniaina Fotsiny sur les réseaux, dénonce le quotidien des Malgaches par ses vannes. Après une petite descente à Antsirabe et Fianarantsoa, le stand up-er revient à Antananarivo pour enchaîner les présentations en deux langues. En pleine répétition, Sombiniaina ambitionne de mener son sarcasme au niveau régional, et pourquoi pas… l’international.

Du rap à l’humour ?
Je suis tombée dedans par hasard. Au début, je suis venu à Antananarivo dans l'espoir de devenir un rappeur : mon entourage y a cru, la population de Morondava, car je suis né là-bas, vous confirmera que j'ai été l'un des meilleurs de la région. Les vents ont fait que je me retrouve à faire des pas dans le monde de l'humour. Il y a quatre ans, à un moment où j'étais complètement à bout financièrement, j'ai participé à un concours à Ambohipo. J'ai commencé en étant tellement stressé, que les gens n'ont pas ri ; vers la dernière minute, ils ont commencé à accrocher et m’ont demandé de continuer. C'est cet amour du public qui m'a donné envie de continuer ; je me suis senti écouté, et ce, pour la première fois depuis que je suis arrivé à la capitale.

L’humour de remarque, c’est quoi exactement ?
Depuis, j’ai grandi dans le domaine, et j'en ai appris énormément : en essayant de voir les stratégies des humoristes internationaux, j'ai appris les différents styles d'humour. Par extension, je suis devenu un coach pour les jeunes qui veulent s'y lancer. De mon côté, je fais généralement ce qu’on appelle de « l’humour de remarque ». Je remarque des détails de la vie quotidienne que personne d'autre n'a vus, puis j’en parle dans mes sketchs. J’y parle des aventures avec les taxi-motos, de délestage, ou des problèmes de coupure d’eau. Mon objectif n'étant pas de râler, mais que l'on puisse rire de nos galères quotidiennes.

Justement, tu parles souvent des sujets assez sensibles…
Je suis un humoriste stand up-er semi-engagé. Par semi-engagé, je précise que mon objectif n'est pas d'inciter le public à des manifestations, mais de mettre les poings à travers mes sketchs. Je parle de ce que je vois au quotidien, en tant que Malgache : des coupures d'eau et d'électricité, des promesses en l'air ici et là. À travers les vannes, je porte plainte. Mais bien sûr, j'en parle comme si je m'adressais à mon père. Je l’aborde de manière à ce que l’on puisse bien le digérer. Et si je me prends une gifle, ce sera peut-être mérité, mais l'important est que ces plaintes - qui concernent tous les Malgaches - trouvent leur chemin. À mes débuts, j'ai beaucoup mis l'accent sur les défauts humains comme la drogue, la polygamie…. J'ai fait du chemin, en partant de ces sujets qui touchent quelques jeunes à des thèmes généraux qui s’adressent à toute une population.

Podcast, sketchs bilingues…
Dans l'immédiat, je prévois de faire le tour d'Antananarivo avec mes spectacles. Mon second projet, qui est assez intéressant, est de sortir mon premier podcast. Il arrivera bientôt. Et bien évidemment, j'espère un jour aller au niveau régional et ramener un prix à Madagascar. Je prévois de m'inscrire au Prix RFI Talent du Rire, un concours regroupant des humoristes de toute l'Afrique, et où j'ai été finaliste il y a un an. J'aimerais, cette fois, revenir en Barea, et qu'en me voyant, les gens disent "dès que je te vois, j'ai envie de rire… à l'international". Pour m'entraîner, j'écris mes sketchs en français, et une version traduite m'accompagne afin de mieux m'adapter au public.

Un humoriste à message ?
J'ai également pour ambition de participer à un concours national d'éloquence, une façon de dire que mes projets changent au fur et à mesure que j'avance. Dans tout ce que j'entreprends, je fais un clin d'œil aux jeunes, en les incitant à travailler et à s'intéresser à la vie politique du pays. D'ailleurs, j'aimerais m'adresser à tous ceux qui veulent commencer dans les métiers artistiques : ce n'est pas la drogue qui aide à le faire, et je l'ai appris à mes dépens ; quand j'ai arrêté, ça a été le moment le plus productif de ma vie. Sans revenir à mes précédents sujets, j'aimerais appuyer ce point en particulier. Sinon, les sketchs et les plaintes continuent !

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa
Sombiniaina : 032 99 564 08 (numéro et WhatsApp)

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