Une simple dent de sauropode, exhumée il y a quelques mois, a suffi à relancer la fascination. Dans le nord ouest malgache, le bassin de Mahajanga s’impose comme un véritable sanctuaire de fossiles du Crétacé, où affleurent les traces d’un monde disparu depuis 65 millions d’années.

La découverte de cette dent — énième trouvaille dans la région — n’a rien d’un hasard. Elle s’inscrit dans une longue série de fouilles menées dans la formation de Maevarano, à Berivotra, à une cinquantaine de kilomètres de Mahajanga. Là-bas, la terre rouge et les strates de grès agissent comme une archive naturelle. On gratte, on observe, on cartographie. Et peu à peu, le passé se recompose. Les recherches ont véritablement pris leur essor en 1995, lorsque la professeure Rahantarisoa Lydia, alors étudiante à l’Université d’Antananarivo, entame des prospections avec des chercheurs de la Stony Brook University. « Nous avons commencé par une prospection et des études géologiques. Les descentes se font à plusieurs experts », explique-t-elle. Le bassin apparaît vite comme une agglomération exceptionnelle de restes fossiles : ossements, fragments, empreintes d’un écosystème ancien, structuré autour de vastes zones marécageuses.

Deux groupes de dinosaures règnent sur le territoire. Les sauropodes et, de l’autre, les théropodes. Les premiers sont de grands et massifs herbivores quadrupèdes, ayant des dents plates, alors que les seconds sont des carnivores de taille plus petite, ayant des membres antérieurs réduits, avec des dents pointues. Parmi eux, Majungatholus, dont le nom renvoie à Mahajanga — “Majunga” dans son ancienne appellation. Découvert dans les années 1970, et mieux décrit plus tard, cet endémique théropode, avec des traces de cannibalisme relevés sur certains ossements, reste jusqu’aujourd’hui un casse-tête.
Plus spectaculaire encore, Rapetosaurus, mis au jour vers 1997. Son nom évoque Rapeto, géant de la mythologie malgache réputé pour sa taille impressionnante. Le parallèle est assumé : ce titan carnivore pouvait atteindre plusieurs mètres de hauteur. « Rapetosaurus a été nommé d’après un mythe malgache, Rapeto, une personne imposante », précise la chercheuse. Une passerelle élégante entre science et imaginaire. Les surprises ne s’arrêtent pas là.
« Les fouilles ont démontré la présence d’un crocodile au nez aplati, le Simosuchus, et d’un oiseau dénommé Rahonavis berivotrensis, ayant un caractère intermédiaire entre l’oiseau et le reptile », souligne Pr Rahantarisoa. Autrement dit, un laboratoire à ciel ouvert sur l’évolution.
Reste la question vertigineuse : pourquoi ont-ils disparu ? Deux hypothèses dominent. « La première est celle d’une météorite… La seconde, un volcan en Inde qui a entièrement recouvert le ciel de Madagascar et nui à leur alimentation », avance la chercheuse. À l’époque, Madagascar était encore proche de l’Inde et de l’Amérique du Sud, ce qui explique certaines similitudes fossiles. Aujourd’hui, le bassin de Mahajanga demeure un gisement majeur, encore sous-exploité. « Les os y sont bien conservés par la terre d’argile et de grès », rappelle la professeure. Un musée in situ a été envisagé. En attendant, chaque nouvelle découverte confirme que, sous le sol de l’Ouest malgache, sommeille un Jurassic Park — scientifiquement crétacé, certes, mais tout aussi spectaculaire.
Rova Andriantsileferintsoa