Bassin de Mahajanga : Le Jurassique Park
22 mars 2026 // Nature // 136 vues // Nc : 194

Une simple dent de sauropode, exhumée il y a quelques mois, a suffi à relancer la fascination. Dans le nord ouest malgache, le bassin de Mahajanga s’impose comme un véritable sanctuaire de fossiles du Crétacé, où affleurent les traces d’un monde disparu depuis 65 millions d’années.

La découverte de cette dent — énième trouvaille dans la région — n’a rien d’un hasard. Elle s’inscrit dans une longue série de fouilles menées dans la formation de Maevarano, à Berivotra, à une cinquantaine de kilomètres de Mahajanga. Là-bas, la terre rouge et les strates de grès agissent comme une archive naturelle. On gratte, on observe, on cartographie. Et peu à peu, le passé se recompose. Les recherches ont véritablement pris leur essor en 1995, lorsque la professeure Rahantarisoa Lydia, alors étudiante à l’Université d’Antananarivo, entame des prospections avec des chercheurs de la Stony Brook University. « Nous avons commencé par une prospection et des études géologiques. Les descentes se font à plusieurs experts », explique-t-elle. Le bassin apparaît vite comme une agglomération exceptionnelle de restes fossiles : ossements, fragments, empreintes d’un écosystème ancien, structuré autour de vastes zones marécageuses.

Deux groupes de dinosaures règnent sur le territoire. Les sauropodes et, de l’autre, les théropodes. Les premiers sont de grands et massifs herbivores quadrupèdes, ayant des dents plates, alors que les seconds sont des carnivores de taille plus petite, ayant des membres antérieurs réduits, avec des dents pointues. Parmi eux, Majungatholus, dont le nom renvoie à Mahajanga — “Majunga” dans son ancienne appellation. Découvert dans les années 1970, et mieux décrit plus tard, cet endémique théropode, avec des traces de cannibalisme relevés sur certains ossements, reste jusqu’aujourd’hui un casse-tête.

Plus spectaculaire encore, Rapetosaurus, mis au jour vers 1997. Son nom évoque Rapeto, géant de la mythologie malgache réputé pour sa taille impressionnante. Le parallèle est assumé : ce titan carnivore pouvait atteindre plusieurs mètres de hauteur. « Rapetosaurus a été nommé d’après un mythe malgache, Rapeto, une personne imposante », précise la chercheuse. Une passerelle élégante entre science et imaginaire. Les surprises ne s’arrêtent pas là.

« Les fouilles ont démontré la présence d’un crocodile au nez aplati, le Simosuchus, et d’un oiseau dénommé Rahonavis berivotrensis, ayant un caractère intermédiaire entre l’oiseau et le reptile », souligne Pr Rahantarisoa. Autrement dit, un laboratoire à ciel ouvert sur l’évolution.

Reste la question vertigineuse : pourquoi ont-ils disparu ? Deux hypothèses dominent. « La première est celle d’une météorite… La seconde, un volcan en Inde qui a entièrement recouvert le ciel de Madagascar et nui à leur alimentation », avance la chercheuse. À l’époque, Madagascar était encore proche de l’Inde et de l’Amérique du Sud, ce qui explique certaines similitudes fossiles. Aujourd’hui, le bassin de Mahajanga demeure un gisement majeur, encore sous-exploité. « Les os y sont bien conservés par la terre d’argile et de grès », rappelle la professeure. Un musée in situ a été envisagé. En attendant, chaque nouvelle découverte confirme que, sous le sol de l’Ouest malgache, sommeille un Jurassic Park — scientifiquement crétacé, certes, mais tout aussi spectaculaire.

Rova Andriantsileferintsoa

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Novegasy Awards 2026 : Le cinéma malgache à l’honneur

Lire

19 mars 2026

Novegasy Awards 2026 : Le cinéma malgache à l’honneur

Canal+ Madagascar a célébré le cinéma national à l’occasion des Novegasy Awards 2026, organisés lors d’une soirée placée sous le thème de la « royauté...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Making of shooting mode – mars 2026 – NC 194

Retrouvez le making of shooting mode du 𝗻𝗼 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁® magazine, édition mars 2026 - NC 194
Prise de vue : Is'Art Galerie Ampandrianomby, Café Mary Ankadimbahoaka
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole 
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Anthema, Deraina, Mitia, Christelle, Faniah, Narindra, Santien, Mampionona
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir