Andy Rasoloharivony
6 avril 2025 // Photographie // 6548 vues // Nc : 183

La photo en couverture de ce no comment® est sans-titre et inédite. Pour cause, elle fait partie d’une série qui est encore en développement : « Tropisme ». Bien que non prémédité, ce projet qui s’est imposé à Andy Rasoloharivony en parallèle de son voyage vers le village des Mikea porte déjà une intention : faire une analogie entre ces plantes et les humains. Ce fait illustre l’approche du jeune photographe : des photos et des vidéos instinctives, ancrées dans le vécu, mais dont la spontanéité est transcendée en idée(s) par un regard d’artiste.

Quelle est la ligne directrice dans votre travail ?
En réfléchissant sur tout ce que j’ai fait depuis cinq ou six ans, je me rends compte qu’un fil conducteur ressort et revient souvent. J’aime montrer ce qui se passe à Madagascar, de manière frontale. Je parle souvent de la nature humaine, où je remets en question nos valeurs, nos acquis, etc. J’essaie de déconstruire un peu ce qui est déjà établi. Je parle des faits de société.

La statue dorée

Par exemple, le lien entre les expositions « L’urgence de la foi » et « Et ils gravèrent le sable », c’est qu’elles remettent en question les conséquences de ce que nous, humains, avons fait à la Terre, sur un système déjà établi. J’ai l’impression qu’on ne regarde pas là où on devait regarder, et qu’on fait mine de ne pas voir les choses autour de nous.

Comment naît l’idée de prendre une photo ou une vidéo ?
Le mode d’emploi c’est de prendre son appareil photo et de le garder sur soi. Et quand il y a quelque chose qui m’intéresse, je n’hésite pas, je prends des photos ou des vidéos. C’est totalement intuitif, je suis presque arrivé à cette conclusion. Dans le sens où j’arrive sur un territoire, j’explore, je regarde, j’observe, je discute, j’interagis avec des choses qui m’intéressent plus ou moins, c’est seulement après que je me rends compte que ce que j’ai pris est intéressant. Je pense que tout réside dans l’intensité de ce que je vis. Si je trouve qu’un nouveau lieu est intéressant, je pense à faire des photos ou des vidéos, tout part du ressenti. C’est pour ça que je parle d’explorer les choses de manière empirique, c’est de cette façon que j’affection un lieu.

Comment l’idée se voit-elle sur l’œuvre ?
Jusqu’à maintenant, je ne sais pas si j’ai une esthétique qui m’est propre. J’expérimente beaucoup en amont pour savoir si une photo ressort mieux en couleur ou en noir et blanc. C’est intuitif quand j’édite une photo, je fais confiance à mon ressenti, je la regarde, j’édite, je me dis que c’est terminé, je reviens dessus, j’expérimente d’une autre manière pour savoir si ça sort mieux avec telle ou telle couleur. Néanmoins, à un moment donné il faut s’arrêter, car c’est un jeu interminable. Par exemple, pendant la préparation de « Et ils gravèrent le sable », il y a eu beaucoup de photos de feu.

Cage humaine

En jouant sur le noir et blanc et la couleur, on voit que certaines lignes ou marques du visage ressortent mieux. La chaleur disparaît en noir et blanc, mais ça fait ressortir un côté dramatique. Il y a certains jeux où la chaleur réchauffe alors que l’expression du visage est totalement contradictoire, je trouve la contradiction intéressante.

Donc, qu’est-ce qu’une photo réussie ?
J’aime bien les choses dramatiques, qui font ressortir une certaine mélancolie. Je n’aime pas trop mettre des spectres sur les émotions, mais c’est dans ce voisinage-là. Il y a beaucoup d’étonnement aussi, j’aime bien la surprise. Pour moi, la surprise se trouve dans les choses réelles qui sont très bien ajustées dans son élément, que ce soit dans la composition, le montage, les détails, l’editing ou dans la façon dont on raconte une chose : mettre les choses réelles là où elles devraient être, de manière très précise. Ce sont des choses qu’on ne voit pas en fait, et c’est à moi de montrer ces choses-là dans un appareil photo, de manière précise pour interpeller les gens.

Les projets à venir ?
En ce moment je travaille beaucoup la vidéo, car je prépare deux courts métrages — voire plus —, et un moyen métrage. J’étais surtout réalisateur et photographe, et maintenant je suis plus artiste. Donc, ça va être complètement différent, avec un film plus poétique.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

Instagram : Andy Rasoloharivony

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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