Andy Rasoloharivony
6 avril 2025 // Photographie // 6174 vues // Nc : 183

La photo en couverture de ce no comment® est sans-titre et inédite. Pour cause, elle fait partie d’une série qui est encore en développement : « Tropisme ». Bien que non prémédité, ce projet qui s’est imposé à Andy Rasoloharivony en parallèle de son voyage vers le village des Mikea porte déjà une intention : faire une analogie entre ces plantes et les humains. Ce fait illustre l’approche du jeune photographe : des photos et des vidéos instinctives, ancrées dans le vécu, mais dont la spontanéité est transcendée en idée(s) par un regard d’artiste.

Quelle est la ligne directrice dans votre travail ?
En réfléchissant sur tout ce que j’ai fait depuis cinq ou six ans, je me rends compte qu’un fil conducteur ressort et revient souvent. J’aime montrer ce qui se passe à Madagascar, de manière frontale. Je parle souvent de la nature humaine, où je remets en question nos valeurs, nos acquis, etc. J’essaie de déconstruire un peu ce qui est déjà établi. Je parle des faits de société.

La statue dorée

Par exemple, le lien entre les expositions « L’urgence de la foi » et « Et ils gravèrent le sable », c’est qu’elles remettent en question les conséquences de ce que nous, humains, avons fait à la Terre, sur un système déjà établi. J’ai l’impression qu’on ne regarde pas là où on devait regarder, et qu’on fait mine de ne pas voir les choses autour de nous.

Comment naît l’idée de prendre une photo ou une vidéo ?
Le mode d’emploi c’est de prendre son appareil photo et de le garder sur soi. Et quand il y a quelque chose qui m’intéresse, je n’hésite pas, je prends des photos ou des vidéos. C’est totalement intuitif, je suis presque arrivé à cette conclusion. Dans le sens où j’arrive sur un territoire, j’explore, je regarde, j’observe, je discute, j’interagis avec des choses qui m’intéressent plus ou moins, c’est seulement après que je me rends compte que ce que j’ai pris est intéressant. Je pense que tout réside dans l’intensité de ce que je vis. Si je trouve qu’un nouveau lieu est intéressant, je pense à faire des photos ou des vidéos, tout part du ressenti. C’est pour ça que je parle d’explorer les choses de manière empirique, c’est de cette façon que j’affection un lieu.

Comment l’idée se voit-elle sur l’œuvre ?
Jusqu’à maintenant, je ne sais pas si j’ai une esthétique qui m’est propre. J’expérimente beaucoup en amont pour savoir si une photo ressort mieux en couleur ou en noir et blanc. C’est intuitif quand j’édite une photo, je fais confiance à mon ressenti, je la regarde, j’édite, je me dis que c’est terminé, je reviens dessus, j’expérimente d’une autre manière pour savoir si ça sort mieux avec telle ou telle couleur. Néanmoins, à un moment donné il faut s’arrêter, car c’est un jeu interminable. Par exemple, pendant la préparation de « Et ils gravèrent le sable », il y a eu beaucoup de photos de feu.

Cage humaine

En jouant sur le noir et blanc et la couleur, on voit que certaines lignes ou marques du visage ressortent mieux. La chaleur disparaît en noir et blanc, mais ça fait ressortir un côté dramatique. Il y a certains jeux où la chaleur réchauffe alors que l’expression du visage est totalement contradictoire, je trouve la contradiction intéressante.

Donc, qu’est-ce qu’une photo réussie ?
J’aime bien les choses dramatiques, qui font ressortir une certaine mélancolie. Je n’aime pas trop mettre des spectres sur les émotions, mais c’est dans ce voisinage-là. Il y a beaucoup d’étonnement aussi, j’aime bien la surprise. Pour moi, la surprise se trouve dans les choses réelles qui sont très bien ajustées dans son élément, que ce soit dans la composition, le montage, les détails, l’editing ou dans la façon dont on raconte une chose : mettre les choses réelles là où elles devraient être, de manière très précise. Ce sont des choses qu’on ne voit pas en fait, et c’est à moi de montrer ces choses-là dans un appareil photo, de manière précise pour interpeller les gens.

Les projets à venir ?
En ce moment je travaille beaucoup la vidéo, car je prépare deux courts métrages — voire plus —, et un moyen métrage. J’étais surtout réalisateur et photographe, et maintenant je suis plus artiste. Donc, ça va être complètement différent, avec un film plus poétique.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

Instagram : Andy Rasoloharivony

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Lire

13 juin 2026

Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Liberté. Le mot est lâché, et il résume tout. Vendredi 12 juin, l'hôtel Palissandre à Faravohitra a dévoilé sa nouvelle carte — un exercice annuel que...

Edito
no comment - Exister en malgache

Lire le magazine

Exister en malgache

Juin à Madagascar, c'est un mois qui déborde. La langue, l'enfant, l'indépendance — trois célébrations bousculées dans trente jours, comme si le calendrier avait, lui aussi, quelque chose à dire. Et si ce n'était pas un hasard ? Ces trois commémorations racontent, au fond, la même histoire : celle d'un peuple qui cherche, depuis 1960, à exister pleinement sur ses propres termes. Pas seulement dans les discours officiels et les défilés — dans la vie réelle, quotidienne, celle qui se joue désormais aussi sur un écran.Car le vrai terrain de la souveraineté culturelle s'est déplacé. Il est numérique, algorithmique, et aussi impitoyable. Une langue absente du web est une langue que le monde n'entend pas — et qu'il finit par oublier. Le malgache, parlé par trente millions de personnes, riche d'une histoire linguistique qui traverse les siècles et trois océans, mérite mieux que l'invisibilité numérique. L'initiative Wikiteny — atelier consacré à l'enrichissement des contenus en malgache sur internet — est allée dans ce sens. Ce type d'initiative doit être multiplié, amplifié, soutenu. Sans attendre.C'est là, précisément, que la langue rejoint l'économie. Une identité qui ne se raconte pas, c'est une culture qui ne se monétise pas — un savoir-faire qui reste sans vitrine. Madagascar exporte sa vanille, ses textiles, sa biodiversité unique. Mais que fait-on de l'autre richesse, l'immatérielle, celle qui ne figure dans aucune balance commerciale et qui, pourtant, vaut de l'or ? Soixante-quatre ans après l'indépendance, la vraie souveraineté se joue peut-être là : dans la capacité à dire qui nous sommes, en malgache — et à faire en sorte que le monde l'entende. Haut et fort.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Tahiry David Animator - Juin 2026 - NC 197

Découvrez Tahiry David Animator, un animateur 2D-3D dans le no comment® NC 197 – juin 2026.
Tahiry David Rasolofoson, plus connu sous le pseudo Tahiry David Animator, est un animateur 2D-3D malgache. Lauréat de l'AnimJam 2026 à l'IFM Analakely, il fabrique des mondes entiers à partir d'un ordinateur, de nuits blanches et d'un sens aigu du chaos cartoon. Entre humour absurde et références pop malgaches, il impose peu à peu sa signature dans l'univers de l'animation.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir