Elia Rakotondrahaja : « Le nu n’est pas de la pornographie, le nu c’est la liberté »
1 mai 2025 // Photographie // 7526 vues // Nc : 184

Le photographe Elia Rakotondrahaja pratique le nu artistique. Un cliché à la fois, il déconstruit les a priori sur le nu et se l’approprie pour parler de liberté.

Pour son exposition Hypnagogie à La Teinturerie en février dernier, Elia Rakotondrahaja a présenté 56 nus masculins, parmi lesquels une seule femme nue : la photo intitulée Alina. Alina, nuit ou soirée, évoque ces tabous qui s’effacent avec le soleil, quand vient le soir. Pourtant, le public l’a interprétée autrement, car le photographe s’était permis de ne pas accompagner l’image d’un texte contextuel. « Les gens ont alors pensé qu’il s’agissait simplement d’une danseuse qui s’est mise à nu. Ils l’ont aussi interprétée à travers le prisme de l’hypnagogie, cet état entre veille et sommeil, dans le sens où le nu n’est qu’un rêve et qu’il faudra se rhabiller au réveil ». D’habitude, il accompagne souvent ses photos de textes. Il y tient, car il souhaite cadrer le regard d’un public peu familier avec le nu. « On m’a déjà dit que je faisais de la photo pornographique ».

Pour lui, la distinction est claire : « Le nu artistique, c’est exposer le corps d’une personne sans forcément éveiller le désir érotique, même si la nudité reste toujours un peu érotique. C’est une manière de révéler les courbes d’une femme, le torse d’un homme… Cela offre une approche particulière. J’ai choisi de travailler dans le nu parce que, justement, le nu incarne pour moi la liberté ».

©photo Elia Rakotondrahaja : Safidy

Capturer cette liberté commence dès le studio : Elia Rakotondrahaja consacre deux heures à échanger avec son modèle, le temps de mieux le connaître et de s’assurer qu’il incarne pleinement l’idée à transmettre devant l’objectif. Pendant les deux heures de prise de vue qui suivent, le modèle interprète à sa manière ce que c’est que liberté, tandis que le photographe choisit quelles parties du corps montrer. La création se construit ainsi en même temps que l’acte photographique. Il en résulte des images souvent en silhouette ou en noir et blanc, des tons qu’il affectionne pour leur capacité à atténuer les détails au profit de l’idée globale. « Il s’agit d’une liberté individuelle, plutôt que politique : la liberté de l’individu de faire ce qu’il veut, où et comme il le veut. Or, les règles sociales rendent cela impossible dans l’espace public. C’est plus facile d’exposer ces photos dans une galerie que dans la rue, et pourtant c’est la même chose : un nu présenté devant un public. » C’est le cas, par exemple, d’une photo représentant une femme nue, dont le corps est dissimulé par six mains, une image à double lecture : celles d’une société qui la soutient dans son désir de liberté, mais qui, en même temps, le freine.

Justement, le photographe cherche à transformer le regard que cette société porte sur le nu. « Mes amis, par exemple, me demandent souvent si photographier des corps nus n’éveille rien d’érotique en moi. Bien sûr que si. Mais le professionnalisme fait que l’appareil photo devient un mur entre moi et le modèle ». Ce mur symbolique lui permet de rester concentré sur l’intention artistique. Quant au public, leurs réactions l’ont souvent surpris : « Être confronté aux interprétations m’a à la fois choqué et rendu heureux, car j’avais l’opportunité d’expliquer à un Malgache que le nu n’est pas forcément du porno. Ça peut être autre chose. Après tout, tout le monde est nu sous ses vêtements ».

Mpihary Razafindrabezandrina

https://independent-photo.com/photographer/elia-rakotondrahaja/
Instagram : elia_harilala

©photo Elia Rakotondrahaja : Hypnagogie
©photo Elia Rakotondrahaja : Izy
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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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