Alain Tojonirina : L'homme qui fait tourner les rêves
21 juin 2026 // Métiers & Petits Métiers // 2235 vues // Nc : 197

Chaque mois de juin, ils apparaissent comme par magie sur les places publiques de Madagascar — ces grandes roues colorées qui font crier de joie petits et grands pendant les semaines de fête nationale. Pourtant, les artisans qui les fabriquent restent dans l'ombre. À Antsirabe, Alain Tojonirina fabrique des manèges depuis plus de vingt ans. À la main.

Dans l'atelier d'Andrefantsena, le bruit est la première chose qu'on entend — marteaux, perceuses, soudures qui crépitent. Alain Tojonirina supervise, vérifie et ajuste. Fondateur de Location Manège Antsirabe, dont le slogan « vita tanana, vita gasy, natao haharitra » — fait main, fait malgache, fait pour durer — résume à lui seul la philosophie de la maison, il est de ceux que le public ne verra jamais. Il fabriquera pourtant la joie de dizaines de milliers d'enfants, d’Antsiranana à Toliara, de Morondava à Mahanoro. « Nous voulions créer quelque chose qui apporte du bonheur aux enfants tout en donnant du travail aux jeunes », dit-il simplement. Comme si construire du vertige était la chose la plus naturelle du monde.

Les manezy — ces grandes roues manuelles — sont au cœur du savoir-faire. Les premières mesuraient cinq mètres de hauteur. Aujourd'hui, certaines atteignent quinze mètres et accueillent jusqu'à 90 personnes par tour, avec entre huit et seize sièges selon les modèles. Tubes métalliques, tôles planes, roulements, axes spécifiques, boulons, systèmes de fixation renforcés : chaque structure passe par une longue chaîne — étude technique, calculs dimensionnels, assemblage, soudure, peinture, finition. Rien n'est laissé au hasard. « La capacité et le poids supportés sont calculés selon la structure et les normes de sécurité », précise Alain. Une grande roue nécessite au minimum trois mois de fabrication. Certaines pièces — grands roulements, axes doux spécifiques — sont introuvables localement et doivent être commandées à Antananarivo. Le prix, lui, varie entre 17 et 60 millions d'ariary selon la taille et le niveau de finition. Un investissement colossal pour une attraction qui, une fois sur place, doit être actionnée manuellement par cinq à neuf opérateurs formés aux consignes de sécurité.

Vingt ans de métier, et l'ambition reste intacte. « Notre vision est de construire des manèges plus modernes et automatiques, pour que les enfants malgaches puissent profiter de grandes roues sans devoir partir à l'étranger », affirme Alain. Avant d'ajouter, avec cette fierté tranquille des gens qui ont choisi leur chemin : « Ce métier permet réellement d'en vivre, lorsqu'il est exercé avec passion et patience. »

Rude, physique, bruyant — et pourtant, il fait vivre plusieurs familles au rythme des fêtes populaires. À l'heure où juin s'annonce coloré et bruyant, ces artisans du tournis font tourner bien plus que des manèges. Ils fabriquent des souvenirs d'enfance.

Lucas Rahajaniaina

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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