Chaque mois de juin, ils apparaissent comme par magie sur les places publiques de Madagascar — ces grandes roues colorées qui font crier de joie petits et grands pendant les semaines de fête nationale. Pourtant, les artisans qui les fabriquent restent dans l'ombre. À Antsirabe, Alain Tojonirina fabrique des manèges depuis plus de vingt ans. À la main.


Dans l'atelier d'Andrefantsena, le bruit est la première chose qu'on entend — marteaux, perceuses, soudures qui crépitent. Alain Tojonirina supervise, vérifie et ajuste. Fondateur de Location Manège Antsirabe, dont le slogan « vita tanana, vita gasy, natao haharitra » — fait main, fait malgache, fait pour durer — résume à lui seul la philosophie de la maison, il est de ceux que le public ne verra jamais. Il fabriquera pourtant la joie de dizaines de milliers d'enfants, d’Antsiranana à Toliara, de Morondava à Mahanoro. « Nous voulions créer quelque chose qui apporte du bonheur aux enfants tout en donnant du travail aux jeunes », dit-il simplement. Comme si construire du vertige était la chose la plus naturelle du monde.
Les manezy — ces grandes roues manuelles — sont au cœur du savoir-faire. Les premières mesuraient cinq mètres de hauteur. Aujourd'hui, certaines atteignent quinze mètres et accueillent jusqu'à 90 personnes par tour, avec entre huit et seize sièges selon les modèles. Tubes métalliques, tôles planes, roulements, axes spécifiques, boulons, systèmes de fixation renforcés : chaque structure passe par une longue chaîne — étude technique, calculs dimensionnels, assemblage, soudure, peinture, finition. Rien n'est laissé au hasard. « La capacité et le poids supportés sont calculés selon la structure et les normes de sécurité », précise Alain. Une grande roue nécessite au minimum trois mois de fabrication. Certaines pièces — grands roulements, axes doux spécifiques — sont introuvables localement et doivent être commandées à Antananarivo. Le prix, lui, varie entre 17 et 60 millions d'ariary selon la taille et le niveau de finition. Un investissement colossal pour une attraction qui, une fois sur place, doit être actionnée manuellement par cinq à neuf opérateurs formés aux consignes de sécurité.
Vingt ans de métier, et l'ambition reste intacte. « Notre vision est de construire des manèges plus modernes et automatiques, pour que les enfants malgaches puissent profiter de grandes roues sans devoir partir à l'étranger », affirme Alain. Avant d'ajouter, avec cette fierté tranquille des gens qui ont choisi leur chemin : « Ce métier permet réellement d'en vivre, lorsqu'il est exercé avec passion et patience. »
Rude, physique, bruyant — et pourtant, il fait vivre plusieurs familles au rythme des fêtes populaires. À l'heure où juin s'annonce coloré et bruyant, ces artisans du tournis font tourner bien plus que des manèges. Ils fabriquent des souvenirs d'enfance.
Lucas Rahajaniaina