Volampadina : Le mois où le sang doit se taire
15 février 2026 // Soatoavina // 67 vues // Nc : 193

Dans le calendrier traditionnel malgache, certains temps ne laissent aucune place à l’erreur. Le Volampadina en fait partie. Mois sacré de la purification, il impose une règle absolue, non négociable : aucun sang ne doit être versé, sous peine de rompre l’équilibre spirituel recherché.

C’est sans doute l’interdit le plus fort, et le plus méconnu du grand public. Durant le Volampadina — appelé aussi Reniandro Alohotsy — verser du sang est strictement proscrit. Aucun sacrifice, aucun fadin-dambo, aucun joro, même lorsque les circonstances sociales ou agricoles semblent l’exiger. Pas d’exception. Pas de rattrapage. Le sang, porteur de vie mais aussi de rupture, n’a pas sa place dans ce mois de purification totale. Y déroger reviendrait à souiller un temps censé préparer l’élévation du hasina, cette sacralité fondamentale au cœur de la tradition malgache.

Ce caractère radical explique, en partie, pourquoi le Volampadina est qualifié de mois sacré. Il ne s’agit pas d’un temps festif, mais d’un moment de retenue, d’introspection et de réalignement. La Reniandro Alohotsy prépare l’accueil de l’Alahamadibe, le Nouvel An traditionnel, qui n’est ni une simple célébration ni un folklore figé, mais un renouveau spirituel profond. Encore faut-il être purifié pour y entrer.

La purification — la fidiovana — commence dès l’apparition de la lune Alohotsy et concerne tout : le corps, l’esprit, les pensées, l’environnement, les relations humaines. Le Volampadina se déploie ainsi en plusieurs étapes rituelles, rythmant le mois et structurant ce cheminement intérieur. Réconciliations avec les autorités, avec les proches, avec les ancêtres ; apaisement des conflits anciens ; demandes de pardon pour les fautes sacrées commises, parfois sans le savoir. Ici, les mots comptent plus que les gestes. Les bénédictions remplacent les sacrifices. La parole soigne là où le sang est interdit.

À mesure que le mois avance, la purification devient plus large, plus exigeante aussi. On règle ses dettes, on nettoie les énergies négatives, on répare ce qui a été brisé. Puis vient le temps du grand nettoyage, au sens propre comme au figuré : les maisons, les cours, la cité entière se préparent. Le cœur, lui, doit être débarrassé de toute colère.

À l’issue du Volampadina, chacun est censé être prêt — intérieurement et extérieurement — à accueillir l’Alahamadibe. Purifié, apaisé, réconcilié. Et fidèle à l’interdit fondamental qui donne toute sa puissance à ce mois à part : ici, le sang ne coule pas. Jamais.

Radamaranja

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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