Dans le calendrier traditionnel malgache, certains temps ne laissent aucune place à l’erreur. Le Volampadina en fait partie. Mois sacré de la purification, il impose une règle absolue, non négociable : aucun sang ne doit être versé, sous peine de rompre l’équilibre spirituel recherché.

C’est sans doute l’interdit le plus fort, et le plus méconnu du grand public. Durant le Volampadina — appelé aussi Reniandro Alohotsy — verser du sang est strictement proscrit. Aucun sacrifice, aucun fadin-dambo, aucun joro, même lorsque les circonstances sociales ou agricoles semblent l’exiger. Pas d’exception. Pas de rattrapage. Le sang, porteur de vie mais aussi de rupture, n’a pas sa place dans ce mois de purification totale. Y déroger reviendrait à souiller un temps censé préparer l’élévation du hasina, cette sacralité fondamentale au cœur de la tradition malgache.
Ce caractère radical explique, en partie, pourquoi le Volampadina est qualifié de mois sacré. Il ne s’agit pas d’un temps festif, mais d’un moment de retenue, d’introspection et de réalignement. La Reniandro Alohotsy prépare l’accueil de l’Alahamadibe, le Nouvel An traditionnel, qui n’est ni une simple célébration ni un folklore figé, mais un renouveau spirituel profond. Encore faut-il être purifié pour y entrer.
La purification — la fidiovana — commence dès l’apparition de la lune Alohotsy et concerne tout : le corps, l’esprit, les pensées, l’environnement, les relations humaines. Le Volampadina se déploie ainsi en plusieurs étapes rituelles, rythmant le mois et structurant ce cheminement intérieur. Réconciliations avec les autorités, avec les proches, avec les ancêtres ; apaisement des conflits anciens ; demandes de pardon pour les fautes sacrées commises, parfois sans le savoir. Ici, les mots comptent plus que les gestes. Les bénédictions remplacent les sacrifices. La parole soigne là où le sang est interdit.
À mesure que le mois avance, la purification devient plus large, plus exigeante aussi. On règle ses dettes, on nettoie les énergies négatives, on répare ce qui a été brisé. Puis vient le temps du grand nettoyage, au sens propre comme au figuré : les maisons, les cours, la cité entière se préparent. Le cœur, lui, doit être débarrassé de toute colère.
À l’issue du Volampadina, chacun est censé être prêt — intérieurement et extérieurement — à accueillir l’Alahamadibe. Purifié, apaisé, réconcilié. Et fidèle à l’interdit fondamental qui donne toute sa puissance à ce mois à part : ici, le sang ne coule pas. Jamais.
Radamaranja