Après avoir évoqué les principes généraux du sikidy, il reste à lever un malentendu tenace. Non, le sikidy n’est ni un art obscur ni une pratique ésotérique réservée à quelques initiés auréolés de mystère. Il repose avant tout sur un savoir ancien, structuré, et sur une capacité particulière : celle de lire, d’interpréter et de relier les figures qui se présentent.

Il n’existe pas un sikidy, mais des sikidy. Sikidy an-damaka, sikidy vintà, tokana, sikidy karazana… chaque forme répond à un usage précis : décision familiale, orientation de vie, résolution de conflit, lecture d’un événement à venir ou compréhension d’un déséquilibre déjà présent. Les figures sont les mêmes, leur combinaison aussi. Ce qui change, profondément, c’est la lecture. Car une figure ne parle jamais toute seule. Elle se laisse comprendre à travers celui — ou celle — qui la lit. Deux mpisikidy peuvent poser les mêmes graines, obtenir la même figure, et pourtant en donner des lectures différentes. Non pas parce que l’un se trompe, mais parce que la lecture dépend de la sensibilité, de l’expérience, du vécu, et parfois même de l’état d’esprit du moment. Le sikidy est moins une science exacte qu’un langage relationnel.
Dans la société malgache, le mpisikidy occupe une place à part. Respectée, souvent consultée dans les moments charnières, cette figure n’est pas un devin au sens spectaculaire du terme. Il est un médiateur. Un passeur entre le visible et l’invisible, entre les faits et ce qui les relie. Son rôle n’est pas d’annoncer une fatalité, mais d’éclairer une situation, de proposer une lecture, parfois d’ouvrir un choix.
Dans de nombreux cas, cette pratique se transmet. De génération en génération. Les familles de mpisikidy existent, et leur réputation repose sur le temps long, l’épreuve des situations, la justesse des lectures répétées. Les meilleurs sont souvent ceux qui ont grandi avec ce langage, presque sans l’apprendre. Mais l’héritage n’est pas une condition absolue. Il arrive qu’une personne, sans ascendance directe, développe une sensibilité particulière. Avec de l’apprentissage, de l’écoute et du respect, elle peut devenir un mpisikidy reconnu. Le sikidy n’est pas fermé, mais peut aussi se mériter. Ce qui se joue là n’a rien de spectaculaire. C’est une relation intime avec l’esprit, le métaphysique, le lien. Une pratique discrète, enracinée, qui continue d’exister parce qu’elle répond encore à une question essentielle : comment lire ce qui nous arrive, quand les mots ne suffisent plus.
Radamaranja