Tsimatimanota : Graciés à perpétuité
18 janvier 2026 // Histoire // 28 vues // Nc : 192

Aujourd’hui, tsimatimanota sonne comme une accusation car le mot évoque l’impunité. Un mot lourd, grinçant, presque cynique. Pourtant, à l’origine, il désignait tout autre chose : une lignée née d’un sacrifice, celui d’un homme dont le nom s’est transmis à travers l’histoire de l’Imerina. Cet homme, c’est Trimofoloalina.

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Trimofoloalina, ou Ratrimofoloalina pour certains, est une figure qui se situe entre l’histoire et le mythe. C’est un homme simple d’Anosizato qui est devenu un des héros fondateurs à la fin du XVIIᵉ siècle, sous le règne d’Andriamasinavalona (1675–1710).À cette époque, le roi est au centre de luttes intestines pour le pouvoir et trahi par un de ses fils. Il cherche à redonner un sens sacré à sa royauté. Les oracles le lui assènent : seul un sacrifice humain lui redonnera l’équilibre entre lui-même, la terre et les Ancêtres. L’appel a été lancé à l’unisson. Pas une âme n’y a répondu. Le peuple entier s’est dérobé, enfoui, reculé devant la question du sacrifice suprême. C’est alors que, ignorant tout du kabary du roi, Trimofoloalina reçoit en songeant à ses rizières l’étrange message. Il abandonne son travail, se lave les mains et les pieds, et part seul au Rova. Sans ambages, il se présente : donner sa vie pour consacrer le royaume.

Le moment venu, la main est à moitié tendue. Emu par cette fidélité sans faille, Andriamasinavalona renonce à le saigner jusqu’à la fin.Une incision à l’oreille, un peu de sang mêlé à celui d’un coq rouge et le sacrifice reste symbolique. Trimofoloalina est en vie. Mais il a changé de dimension. En retour, le roi lui fit une faveur peu commune : lui et sa postérité ne mourront pas pour leurs péchés. Tsy maty manota. Ils ne sont pas au-dessus des lois, mais ne peuvent être exécutés ni subir l’ignominie d’un supplice. La loi s’applique à eux, ils peuvent être frappé d’amende, mis aux fers, mais ils resteront vivants. Ce privilège, hérité de père en fils, fera des Tsimatimanota une famille spéciale, reconnue et respectée jusqu’à la fin de la royauté.

Mais avec le temps, le terme a changé de sens. Là où il désignait l’expression de la reconnaissance d’un sacrifice, il est devenu synonyme d’injustice. Le temps passe, le mot change mais se durcit. Il ne reste souvent que le privilège en jeu, sans souvenir du don. Trimofoloalina, lui, est encore là. Comme un message : pour certains mots d’aujourd’hui qui font mal, il peut y avoir derrière des choses à redécouvrir, des choses qu’on a oubliées, et qui méritent d’être comprises.

Rova An

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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