Tohidisoa Alain : Chercheur en danse
4 septembre 2022 // Arts de la scène // 6669 vues // Nc : 152

Tohidisoa Alain se définit d’abord comme un chercheur en danse. Chorégraphe, il a créé sa propre compagnie, Rabifidihy, où il mélange danses contemporaine et traditionnelle, corps et esprit, mouvement et émotion.

Parti des hauts plateaux, sa passion pour la danse traditionnelle l’a finalement conduit aux quatre coins de l’île. « Un moment, le public nous a reproché de ne représenter que les danses des hauts plateaux. Alors, je me suis dit que je devais également faire des recherches sur les danses atandroy, betsileo, sakalava… » La danse contemporaine ? Plutôt un héritage de ses années d’apprentissage au sein de la Cie Rary du danseur et chorégraphe Ariry Andriamoratsiresy. Un répertoire qu’il classe, au début, dans le registre « danse de fou », avant d’en découvrir toutes les richesses. « Je ne savais pas ce que c’était, puisque j’étais plutôt dans la breakdance. Ce sont des potes qui m’ont traîné vers le Tahala Rarihasina à Analakely où j’ai découvert cette danse de fou. Ce n’est qu’après le bac que j’ai intégré la Cie Rary et j’y suis resté cinq ans ! »

En 2015, il a créé sa propre compagnie, Rabifidihy, et quitte la Cie Rary trois ans après, estimant avoir assez de bagages pour naviguer en solo. « Avec Ariry, j’ai appris plus que de la technique de danse, reconnaît-il. Mon esprit, mon corps et mon âme sont nourris de cet enseignement qui nous pousse à créer plutôt qu’à reproduire. » Il gère aujourd’hui une équipe de 35 danseurs qui peuvent vivre de leur art, ce qui est loin d’être le cas des artistes à Madagascar. La professionnalisation est une nécessité car la danse est utile à la société et il faut être disponible en permanence. « Dans notre commune, à Soavimasoandro, on nous appelle souvent pour faire des représentations et les gens se rendent compte que c’est un métier. Nos danseurs ne sont pas de simples figurants dans les clips, ils créent quelque chose ! »

Parmi ses pièces chorégraphiques, on retrouve Zavona (Brouillard) qu’il a présenté à la City à Ivandry, en juin dernier.  « Cette pièce est au croisement de la poésie, de la musique, de la danse, du design… Et du rêve, puisque que je l’ai créée en notant mes rêves pendant trois mois. D’où ce côté mouvant et incertain, reflet de notre propre existence. Quand je l’ai présentée la première fois à Toamasina, j’avais vraiment l’impression d’être dans le brouillard, mais tel était bien le but recherché ». Pour l’accompagner, Tohidisoa Alain a choisi quatre femmes : Miandra Andrianjakarivony, poétesse, Fifaliana Rakotomandimby, au violon, Tity Andriantsilavo pour la danse portée, et Tambianiaina Nantsoina pour la danse en duo. « Je trouve que les femmes ont cette forme de résilience et de patience, et cela correspond à l’esprit de la pièce. »

Au-delà de la danse, les tenues sont une composante essentielle de ses pièces. Il les crée lui-même en choisissant des matières comme les journaux, les sachets, les gony (sacs de jute), les bouchons en plastique en guise de boutons et le raphia. « À une époque, je n’avais pas les moyens d’acheter du tissu, je récupérais ce que je pouvais et l’habitude m’est restée. Pour Zavona, j’ai même utilisé un sachet ramassé il y a cinq ans, car c’est un élément témoin de mon histoire. » Tohidisoa travaille déjà à sa prochaine pièce, intitulée Aloka (Ombre) car « le brouillard annonce toujours le beau temps. Qui dit soleil, dit ombre ». Également un clin d’œil à la fidélité : « Quand tu crées quelque chose, tu t’attends à ce que les gens te suivent comme ton ombre. »


Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Lire

8 mai 2026

FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Le CCI Ivato a ouvert ses portes hier pour la 27e édition de la Foire internationale de Madagascar. Le thème choisi — « Madagascar en mouvement : les...

Edito
no comment - Travail, travail, travail… mais lequel ?

Lire le magazine

Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Ferme de la Jungle - Avril 2026 - NC 195

Découvrez la Ferme de la Jungle, dans le no comment ® NC 195 – avril 2026
Nichée à Ambohimanarina, en plein cœur d’Antananarivo, la Ferme de la Jungle de Rajaonarivony Christian offre une escapade nature surprenante : eau, verdure et animaux rares sur près de 5 hectares. Pêche, pique-nique, visites guidées… le site peut accueillir jusqu’à 300 personnes.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir