Chef Thémis : La cuisine peut changer des vies
8 novembre 2020 // Assos // 4820 vues // Nc : 130

Ambassadeur culturel de Madagascar au Canada, le chef Thémis se sert de la cuisine comme d’une arme pour lutter contre la pauvreté. Avec son association Cuisines Sans Frontières, il donne des formations de cuisine aux plus démunis pour les aider à changer de vie.  

« Un chef n’existe pas uniquement au-dessus de ses casseroles. Il doit sortir de ses cuisines. Si vous cuisinez sans comprendre les effets de la surpêche ou de la pollution des eaux ou sans vous inquiéter du tri de vos déchets, vous ne servez pas votre profession. » Le constat est sans concession, la lucidité totale en ce qui concerne notamment la situation malgache. Et comme l’homme a de la suite dans les idées, c’est ainsi qu’il en arrive à fonder en 2003, avec sa défunte femme Lucie, Cuisines Sans Frontières, une association qui se donne pour but d’offrir des formations culinaires aux plus démunis afin de les aider à sortir de la précarité. « Nous donnons la canne à pêche pas le poisson. Nous ne nourrissons pas, mais nous formons pour que les personnes se prennent en main d’une manière durable. Nous avons formé pas loin de 300 personnes, femmes et hommes qui avaient tous du travail avant la pandémie », fait observer Jean Louis Thémistocle Randriantina, alias Chef Thémis.

Il débarque au Canada en 1972 après avoir obtenu une bourse d’études. Il s’inscrit à l’Institut du tourisme et de l’hôtellerie du Québec dont il devient enseignant des années plus tard. Il donne des cours de cuisine mais initie également ses élèves à l’entomophagie ou l’art de faire bombance avec des… insectes. Il se fait d’ailleurs connaître en introduisant les bibittes (pas d’affolement, il s’agit de bourdons) dans la cuisine québécoise durant l’événement Croque-Insectes en 1996 ; il a également à son actif trois livres dont Des insectes à croquer. « Je crois fortement que les insectes sont la nourriture du futur, saine et pleine de protéines. »

Le chef Thémis est un peu considéré comme un Ovni dans la cuisine car il aime faire découvrir d’autres univers culinaires. Il se démarque en ouvrant le premier restaurant malgache en Amérique du Nord et devient ambassadeur culturel pour Madagascar. Un deuxième restaurant s’ouvre où il propose cette fois une cuisine qui tend vers l’exotisme, une sorte de « cuisine fusion ». C’est ainsi qu’il se fait remarquer par la chaîne alimentaire Métro pour promouvoir les fruits et les légumes exotiques. Pour lui, la cuisine est un « partage de savoir et surtout être proche des autres ». Des valeurs qu’il aime transmettre à ses élèves. « Je ne veux pas que mes élèves retiennent uniquement les réductions balsamiques ou les juliennes, ils doivent aussi se rappeler l’homme. Je suis très proche d’eux et ils peuvent me parler quand il y a des problèmes. »

Justement, pour déstresser, le chef Thémis a un autre secret : la musique. Qu’il compose la musique ou écrive les paroles, c’est bien sûr pour y faire l’apologie de la nourriture. L’album de chansons qu’il a ainsi enregistré lui permet aussi de financer ses projets. Grâce à son travail avec Cuisiniers Sans Frontières, il a été nommé en 2008 « chef de l’année » par la Société des chefs cuisiniers et pâtissiers du Québec. En 2017, il est le chef et fondateur du Parti culinaire du Québec. Et comme son appétit est immense, il prévoit d’ouvrir d’autres écoles de formations dans d’autres régions de Madagascar.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
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