Toavina Rafanomezantsoa : De la street au bureau
10 août 2025 // Que sont-ils devenus ? // 4203 vues // Nc : 187

En mai 2022, Toavina Rafanomezantsoa posait ses mots pour Ramjasy, un groupe de rap conscient. Aujourd’hui, à la tête d’une association et directeur de l’Ivotoro, il a troqué le micro contre les dossiers. Même vision, même énergie : aider, promouvoir, donner de l’espoir… entre punchline et paperasse.

« Tsisy fika tsony ty Dago ity » (plus aucun espoir pour Mada). C’est une phrase qu’on entend souvent, à laquelle beaucoup croient. Toavina Rafanomezantsoa veut prouver que c’est faux, que ça ne tient pas la route.

« Je suis en contact avec beaucoup de jeunes. Eux, ils gardent espoir et font le maximum pour faire bouger les lignes. Nous, nous le faisons à travers notre musique », revendique ce rappeur qui n’est plus à présenter. Dans le premier opus de Ramjasy, dont il est membre, les 15 titres mettent en relief cet espoir d’un Madagascar meilleur. « L’art, surtout le rap, n’est pas que shows et clips à la télé. Plus fort, il y a aussi un combat pour l’humanité, un engagement sincère », dit-il avec fermeté et maturité.

Et dans cette optique de se battre pour un Madagascar meilleur, le rappeur – également fondateur de l’association Lôfo Madagascar – entreprend depuis peu le journalisme d’investigation. « Le rap et le journalisme ont beaucoup de choses en commun, notamment l’envie de raconter les faits. La différence réside dans le recoupement. Le rap se contente de déclarer », observe-t-il. Ce travail journalistique qu’il vient d’entreprendre a pour objectif de mettre à la lumière du jour ce qui est caché, afin de montrer aux plus jeunes que l’espoir ne doit pas faner.

Le rappeur jongle aujourd’hui entre ses engagements. Depuis quatre mois, il tient les rênes d’Ivokolo, une direction ministérielle qui explique les procédures à suivre concernant les paperasses administratives. « Ce qui – je pense – est une noble cause en faveur de l’accès à l’information », confie-t-il. Pour certains, il s’agit d’une reconversion professionnelle. Un rappeur – selon les idées reçues – n’est pas un bureaucrate, ça ne colle pas avec le fonctionnariat. « Je dirais que ma perception de la situation au pays a évolué en entrant dans le système. J’ai découvert un autre contexte qui m’a permis d’acquérir plus de maturité », explique celui qui a toujours revendiqué l’enseignement de la rue. Aujourd’hui, Toavina Rafanomezantsoa se redéfinit comme un « activiste pour le développement ». Toujours plus humain, l’artiste ne change pas entre cravate et T-shirt.

Rova Andriantsileferintsoa

Contact : +261 34 46 290 50

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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