À l'âge où beaucoup rangent leurs livres, elle en écrit de nouveaux. Présidente d'Honneur de l'Akademia Malagasy, traductrice des Misérables en malgache, auteure de nombreuses œuvres entrées dans les programmes scolaires — Esthère Randriamamonjy n'a pas pris sa retraite. Elle a juste changé de rythme.

Sa porte n'est jamais vraiment fermée. Des étudiants entrent, repartent, reviennent — certains pour préparer des examens nationaux, d'autres pour affiner un mémoire de fin d'études. Esthère les reçoit tous, avec cette patience tranquille des gens qui ont compris depuis longtemps que transmettre n'est pas une obligation, mais un besoin. « C'est mon ancrage, ma manière de rester liée au monde et à la jeunesse », dit-elle. À 93 ans, ce n'est pas de la posture. C'est une conviction qui tient debout toute seule. Le parcours derrière ce quotidien est vertigineux. Des décennies à la tête de la section Langue et Littérature de l'Akademia Malagasy. Des ouvrages littéraires qui ont intégré les programmes scolaires malgaches — ces livres qu'on ouvre à l'école et qu'on n'oublie jamais tout à fait. Et des traductions qui relèvent de l'exploit tranquille : faire passer Victor Hugo en malgache, transformer Les Misérables en Ireo Fadiranovana, c'est une entreprise qui demande autant de courage que de maîtrise. Comme si on décidait, un matin, de faire entrer Valjean et Fantine dans une langue qu'ils n'avaient jamais imaginé parler.
Aujourd'hui Présidente d'Honneur de l'Académie entière, elle continue d'écrire. « Ne parlez surtout pas de ma plume au passé », prévient-elle avec ce sourire malicieux qui doit désarmer ses étudiants depuis des générations. Et 2026 lui donne raison : deux ouvrages sont en préparation. Le premier, Ranavalona II, est une pièce théâtrale cosignée avec la TPFLM, en hommage aux 150 ans de la reine. Un retour vers le passé pour mieux saisir le présent. Le second est plus personnel, plus provocateur dans son titre : Madagascar perpétue : Mère perpétuellement enceinte. « Dire que Madagascar est perpétuellement enceinte, c'est affirmer qu'elle porte en elle une promesse, une renaissance qui ne demande qu'à éclore », explique-t-elle. Une réponse en forme de cri doux à la question fondatrice : qui es-tu, Madagascar ? L'échange intellectuel, dit-elle, la nourrit autant qu'il aide ceux qui viennent la voir. C'est peut-être là le secret de cette longévité intellectuelle rare — cette circulation du savoir dans les deux sens, qui empêche l'esprit de se figer. Esthère Randriamamonjy n'attend pas. Elle écrit, elle enseigne, elle passe le relais sans lâcher la main.
Tatiana Randriamanakajasoa
Contact Esther : 0345840799