Tahiry David Animator : Absurde et primé
2 juin 2026 // Cinéma // 3879 vues // Nc : 197

Lauréat de l'AnimJam 2026 à l'IFM Analakely, Tahiry David Animator fabrique des mondes entiers à partir d'un ordinateur, de nuits blanches et d'un sens aigu du chaos cartoon. Entre humour absurde et références pop malgaches, il impose peu à peu sa signature dans l'univers de l'animation.

Vous venez de remporter l'AnimJam 2026. Comment s'est passée cette victoire ?
Le thème était Beyond the Water et au début, je n'avais aucune idée. J'étais allongé sur mon lit quand j'ai pensé à ma vie de jeune père. Quand tu restes seul avec un bébé pour la première fois, tu paniques pour tout. Je me suis dit : voilà mon sujet. J'ai pris cette angoisse réelle et je l'ai poussée à l'extrême version cartoon — tout devenait exagéré, chaotique, absurde. Je pense que c'est cette sincérité qui a connecté avec le jury. Le plus fou : le concours durait huit jours, et moi je n'ai travaillé que sept.

Comment êtes-vous devenu animateur 3D ?
Après le bac en 2008, je n'avais pas vraiment de direction. Mon père suivait une formation en 3D et un jour je l'ai accompagné. Je l'ai vu modéliser des objets sur écran et ça m'a choqué dans le bon sens du terme. J'aimais déjà dessiner, manipuler Photoshop, faire des montages — la 3D est devenue une fusion naturelle de tout ça. J'ai intégré une école de multimédia, et en 2011, un directeur de production de l'agence Tam Tam m'a repéré pendant un concours étudiant. Je travaillais déjà dans le milieu sans avoir vraiment cherché d'emploi.

Votre style visuel, c'est quoi exactement ?
J'aime les animations qui explosent visuellement — expressions exagérées, mouvements absurdes, cette énergie Tom & Jerry. Mes inspirations viennent des choses simples du quotidien et des buzz sur internet. Quand la vidéo de Dax du Barea parlant en anglais a tourné partout sur Facebook, j'ai immédiatement imaginé un personnage animé avec des dents énormes et une caméra collée au visage. Quand une Lamborghini violette buzzait, j'ai fait dépasser une vieille 4L en 3D complètement absurde. C'est devenu ma manière de raconter Madagascar : prendre des situations ordinaires et les transformer en spectacles décalés.

Qui est Boaikeli, votre personnage fétiche ?
C'était mon premier vrai terrain de jeu. Même quand je ne maîtrisais pas encore totalement l'animation, je continuais à le faire vivre. C'est aussi grâce à lui qu'on m'a remarqué. Avec le temps, les concours internationaux sont devenus une façon de mesurer mon niveau — AnimChallenge Europe remporté en 2022, Animation Panafricaine de Triggerfish Academy, WOT Award… À chaque fois qu'un Malgache arrive dans un top 3, ça me motive encore plus.

Les gens ne voient que l'humour dans votre travail ?
Les gens voient souvent le côté fun, mais trente secondes d'animation peuvent contenir une quinzaine de plans — des heures de rendu, de compositing, de corrections invisibles entre Blender, After Effects et Moho Pro. Je prépare un court-métrage, Dahalo, que j'aimerais envoyer dans des festivals et sur TV5 Monde Plus. Et surtout, je veux créer une école d'animation à Madagascar. Beaucoup apprennent seuls avec des tutoriels. Moi aussi, je suis passé par là. Aujourd'hui, j'aimerais transmettre quinze ans de bugs, de rendus et d'univers cartoon.

Propos recueillis par Lucas Rahajaniaina

Facebook : Tahiry David Animator
Photos : Andry Randrianarisoa

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golf: Du green à Antalya

Lire

11 octobre 2026

Golf: Du green à Antalya

Ce samedi 10 octobre, le Golf du Rova à Andakana accueillait l’étape malgache de la Turkish Airlines World Golf Cup 2026. Ambiance concentrée, organis...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Making of shooting mode – octobre 2026 – NC 201

Retrouvez le making of shooting mode du no comment® magazine, édition octobre 2026 - NC 201
Prise de vue : Café Mary Ankadimbahoaka  
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole 
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Mélodie, Thibault, Diamondra, Nomena, Akim, Mitia, Taniah, Tafita
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir