Steffy Troubat : Racines illustrées!
10 août 2024 // Arts Plastiques // 8168 vues // Nc : 175

Steffy Troubat, l'artiste derrière la couverture du no comment® magazine de ce mois-ci, célèbre ses racines malgaches et sa double culture à travers son art. En collaboration avec la graphiste Tiphaine Croz, elle crée des illustrations qui marient harmonieusement traditions et modernité. Rencontre avec une artiste passionnée et engagée.

Que représente l'œuvre sur la couverture du magazine ?
L'œuvre que je vous présente s'appelle « HYBRIDE ». En tant que jeune métisse, j'ai longtemps eu du mal à trouver ma place dans mon propre pays. Aujourd'hui, je suis très fière de pouvoir le représenter à travers ces œuvres et graphismes. Cette année, après dix ans d'absence, je suis retournée à Madagascar. Redécouvrir mon pays m'a profondément marquée et m'a fait réaliser la chance que j'avais de grandir dans un pays aussi riche. Aujourd'hui, je sais où est ma place et d'où je viens, et ma couleur de peau n'a aucune importance. J'ai longtemps cherché des personnes partageant ma vision et je me suis retrouvée dans les musiques et les livres de Gaël Faye. Son œuvre m'a inspirée à embrasser ma double culture et à utiliser mon art pour explorer et exprimer cette richesse identitaire. HYBRIDE est une célébration de cette dualité, un mélange harmonieux de traditions malgaches et d'influences contemporaines. À travers mes illustrations, je souhaite transmettre la beauté de cette diversité culturelle et inviter chacun à trouver sa propre voie, peu importe les obstacles.

Vos principales sources d'inspiration ?
Je me suis beaucoup inspirée de la pop culture, mais aussi des affiches que je trouve sur l’Italie, Jacquemus, la mode, et Lucky Love. J'ai souvent cherché des œuvres de pop culture malgache sans jamais en trouver. Je voulais donc combler ce vide et avoir des pièces qui reflètent mes racines et mon identité culturelle dans mon espace de vie. Mon objectif était de créer des œuvres qui non seulement captivent par leur esthétique, mais aussi racontent une histoire et suscitent une réflexion sur l'identité et la culture. En collaborant avec une graphiste, nous avons porté une attention particulière aux détails pour s'assurer que chaque illustration reflète fidèlement la beauté et la richesse de Madagascar.

Justement, parlez-nous de cette collaboration…
Je ne suis ni graphiste ni particulièrement douée en dessin, mais j'adore créer, imaginer et inventer des concepts. Je collabore avec ma graphiste, Tiphaine Croz, depuis trois ans maintenant. Elle comprend parfaitement mon identité. Lorsque je lui ai exprimé mon désir de réaliser un projet en lien avec Madagascar, elle a immédiatement saisi ma vision. Je lui ai fait un moodboard, je lui ai expliqué les mots malgaches, les significations, les couleurs et l’histoire de Madagascar, et elle a su retranscrire à travers ces illustrations la beauté du métissage. Son talent et sa sensibilité ont permis de donner vie à mes idées de manière fidèle et authentique. Notre collaboration est basée sur une compréhension mutuelle et une forte complémentarité. Tiphaine a cette capacité unique de transformer mes concepts et mes inspirations en visuels captivants qui résonnent avec notre public.

Votre parcours artistique ?
Je suis une jeune métisse malgache, originaire de Diego et ayant grandi à Antananarivo. Après des études de cinéma à Paris, je me suis lancée dans la photographie et, aujourd'hui, je me consacre à l'illustration. Mon parcours professionnel m'a amenée à travailler dans divers domaines comme la musique, la danse et le cinéma. Je me spécialise davantage dans la direction artistique. Passionnée par l'art, la pop culture, l'art malgache et le cinéma français, mes illustrations reflètent ma personnalité. J'ai fondé Mahay, une agence de création de contenu et de communication, il y a trois ans. En freelance, je travaille comme photographe et chef de projet digital. Je suis également associée à une marque de vêtements sur l’île de la Réunion, où j'ai vécu trois ans. Mon objectif est de collaborer plus étroitement avec mon île et les entrepreneurs malgaches.

Des actualités ?
Je collabore actuellement avec l’association ZANAKANAY et je reverse 1 euro par affiche vendue à leur profit. Mon objectif est de développer progressivement des activités culturelles et d'encourager les jeunes Malgaches à travailler avec MAFANA sur des posters et illustrations malgaches. J’ai d’ailleurs collaboré avec Charlotte Fognini pour des cartes postales. Et puis, je souhaite établir des partenariats avec des artistes malgaches, mais je voulais d'abord m'assurer que le projet suscite un réel intérêt. Il y a tant de belles opportunités à exploiter à Madagascar et au-delà, pour faire découvrir notre culture et notre art au monde entier.
Propos recueillis par Cédric Ramandiamanana

Propos recueillis par Cédric Ramandiamanana

Facebook : Steffy Troubat

Ces quatres affiches sont les premières que nous avons réalisées car elles parlent à tout le monde: autant à des touristes qu'à des malgaches. Les mots sont simples et on y retrouve ce mélange de pop culture, un mélange que l'on a envie de mettre chez soi, des mots que l'on a envie de voir pour se souvenir d'où l'on vient.  Celle que j'affectionne le plus est GASY car j'ai toujours répété autour de moi que j'étais GASY et fière de l'être, même si on me disait que j'étais une Vazaha. 
Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir