Sleeping Pop & R-Aly : Rencontre en terre zafimaniry
5 juillet 2022 // Littérature // 8269 vues // Nc : 150

« Dans la bulle des Zafimaniry », aux éditions Tsipika, est disponible depuis le mois de février. Les deux bédéistes sont partis pendant deux mois en immersion dans le pays des Zafimaniry, cette communauté des terres centrales de l’île.

D’une exposition photo à la bande dessinée ?
Sleeping Pop : C’est un projet initié par l’Alliance française (AF) d’Ambositra qui a commencé par une exposition du photographe TangalaMamy. Ensuite, l’AF a fait appel à des dessinateurs avec quelques critères spécifiques. Il fallait des bédéistes confirmés qui peuvent réaliser des dessins rapidement puisque ce projet n’a duré que deux mois de la résidence, aux voyages jusqu’à la réalisation du livre. Et parmi les critères de sélection, l’aptitude physique puisque nous avons fait un trek d’une semaine. Nous parlons de forêt des Zafimaniry mais en fait, il n’y a que des montagnes, très raides, que nous avons gravis pour rejoindre les villages comme Antoetra, Ankidodo, Faliarivo ou encore Sakaivo. Nous étions accompagnés par deux journalistes, l’équipe de l’AF et un photographe.

Une aventure fantastique ?
Sleeping Pop : Le but de cette bande dessinée, c’est de connaître un peu plus les Zafimaniry, de déconstruire l’imaginaire que l’on a sur cette communauté. Ambositra, c’est la ville de l’artisanat malgache. L’art des Zafimaniry est un patrimoine national et international et ce projet est un moyen de faire découvrir cela, même aux gens qui habitent là-bas et qui ne connaissent pas leurs origines. R-Aly a choisi de raconter cela dans un style fantastique et moi, plutôt dans l’aventure. Nous avons rencontré les villageaois, les Tangalamena. A chaque fois qu’on entrait dans un village, il fallait faire des fomba (rituels). Nous parlons également des symboles, au nombre de 21 mais seuls cinq sont vraiment utilisés, le reste est en voie de disparition. Même les sculpteurs ne savent leurs significations, c’est juste la routine. Dans chaque village, il y a une sculpture pour les hataka (demande de bénédictions des razana, les ancêtres) et pour les sacrifices de zébus. Ce qui m’a le plus marqué, c’est que les Zafimaniry ont des fomba spécifiques pour les femmes qui tiennent un rôle important au sein de la communauté.
R-Aly : J’ai choisi le côté fantastique parce que je suis un grand fan et je trouve que les jeunes apprécient ce style-là. C’était mon premier voyage chez les Zafimaniry, j’ai adoré cette immersion. J’ai pu découvrir leur façon de vivre, leurs langages, les paysages et aussi le toaka gasy (rhum artisanal) ! Mais on ne va pas tout raconter, il faut se procurer le livre.

Une bande dessinée qui est aussi un cri d’alerte…
Sleeping Pop : Nous connaissons les Zafimaniry à travers la sculpture alors que maintenant, il n’y a plus de forêts donc plus de bois. Il faut aussi des autorisations pour couper les arbres. Dans un village, il n’y a que deux ou trois sculpteurs. Les jeunes ne sont pas vraiment intéressés justement à cause de ses problèmes. Ils préfèrent devenir des guides touristiques mais c’est encore un souci car ce sont les guides nationaux qui sont habilités à faire ce métier. Donc les jeunes font un travail de porteurs et apprennent sur le tas. Malgré la présence des associations qui sensibilisent au reboisement, c’est difficile puisqu’un arbre met près de 50 ans à pousser ! Un vrai cri d’alerte de la part des habitants.


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Pierrot Men : Le regard d'une vie

Lire

6 juillet 2026

Pierrot Men : Le regard d'une vie

À l'heure où les écrans débordent de couleurs saturées et d'images consommées en quelques secondes, Pierrot Men rappelle qu'une photographie peut enco...

Edito
no comment - Tout feu, tout jeune

Lire le magazine

Tout feu, tout jeune

Le 12 août, on célèbre la Journée mondiale de la jeunesse. À Madagascar, cette journée a de quoi occuper un stade entier — les moins de 25 ans représentent plus de 60% de la population. Autrement dit, les jeunes ne sont pas l'avenir de Madagascar. Ils sont déjà le présent, et ils ont l'air pressés. Dans l'entrepreneuriat, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer, à créer, à risquer — souvent sans filet, souvent sans aide, mais toujours avec cette énergie un peu folle qui fait qu'on se demande s'ils dorment vraiment la nuit. En culture, les nouvelles sont encore meilleures. Aina Rasamoelina vient de décrocher le Prix RFI Instrumental Afrique. Miangaly Elia rafle le Prix Paritana 2026. Madagascar rayonne, et ce sont des mains jeunes qui tiennent la torche. Alors oui, on pourrait s'arrêter là, applaudir et rentrer chez soi satisfait. Mais ce serait passer à côté d'une chose essentielle. La fougue, ça brûle fort — et parfois, ça brûle vite. Une flamme sans direction peut éclairer autant qu'elle peut consumer. C'est là que les aînés entrent en scène — pas pour reprendre le gouvernail, mais pour montrer où sont les récifs. Les jeunes ont la force, les vieux ont l'expérience, comme on dit. Ce n'est pas un combat de générations — c'est une question d'équipage. Partagez vos réussites, mais aussi vos échecs. Surtout vos échecs, d'ailleurs — ils enseignent mieux que n'importe quel manuel. À Madagascar, la barque avance. Il faut juste s'assurer que tout le monde rame dans le même sens.

No comment Tv

Interview - Razafindrakoto Fidel - Juillet 2026 - NC 198

Découvrez Razafindrakoto Fidel, fabricant de charrettes dans le no comment® NC 198 – juillet 2026.
Au PK 42 de la RN1, entre Antananarivo et Itasy, les étincelles jaillissent derrière un petit atelier ouvert sur la route. Razafindrakoto Fidel y façonne des charrettes métalliques et des équipements agricoles destinés aux campagnes malgaches. Héritier d'un savoir-faire familial, il perpétue un métier discret mais essentiel.

Focus

Sookany Trophy

Sookany Trophy, du 17 au 19 juillet à Antsiranana

no comment - Sookany Trophy

Voir