Reko Band : « Nous vivons pleinement chaque nouvelle création »
5 mars 2025 // Musique // 23111 vues // Nc : 182

Au rythme des sentiments et à l’allure de la vie, une combinaison peu commune à Madagascar de mots et de musique : Reko s’exprime par du folk progressif. De Fy Rasolofoniaina à Fy and His Band et aujourd’hui, Reko, le groupe a commencé dans une petite chambre à Anosizato, pour fêter cinq ans d’existence en décembre dernier en saisissant tout le Palais des Sports Mahamasina. Une histoire qui ne fait que commencer pour les inséparables Fy Rasolofoniaina (F), Diary Razafimamonjiraibe (D), Maminiavo Zazah (Z) et Princia Dadah Razakamahefa (P)

photo : Francky Dovan

Que signifie Reko ?
Z : « Reko » (je l’entends) pour demander au public « Ressentez-vous notre musique ? », mais aussi pour dire que nous entendons ce que les gens vivent et nous le chantons. Quand nous avons sorti « Tiako ianao » (Je t’aime), nous avons commencé par le nom « Fy Rasolofoniaina ». C’était vers 2018, puis il y a eu une transition en « Fy and his band », et nous sommes devenus Reko vers 2021. Nous avons commencé dans une petite chambre à Anosizato, et en 2022, nous avons créé le Hayra Studio suite à un concours que Fy a remporté, où il a décidé de donner une partie du prix au groupe. Maintenant, c’est au Hayra Studio que nous faisons nos enregistrements et nos répétitions.
D : Fy et moi, nous nous sommes connus depuis 2009. En 2014, à son retour de l’Afrique du Sud, il m’a proposé de s’y mettre sérieusement. Nous avons fait un concert à 67ha en 2016. Plus tard, nous avons rencontré Zazah à l’organisation d’une soirée, il a accepté, et c’est à partir de là que nous allions régulièrement faire nos répétitions dans la chambre de Zazah à Anosizato. Avec le temps, nous avons commencé à chercher un guitariste, et en juillet 2018, lors d’un événement, Fy a fait la rencontre de Princia. À partir de ce moment, nous sommes devenus un groupe de quatre gars en répétition tous les mercredis chez Zazah. À l’époque, ce n’était pas encore Reko, mais la vision y était déjà.

Du folk progressif ?
P : Disons que chaque artiste a sa signature, une âme qu’il apporte à sa chanson. Les nôtres sont à base de guitare acoustique, puis on introduit peu à peu les autres instruments. Comme c’est du progressif, il y a des nuances sur lesquelles on aime jouer, en utilisant l’arpège. Le folk progressif est un monde – comme le blues au jazz – ce n’est pas un genre. Dans notre musique, il peut y avoir un peu de rock, d’influence Indie, nous ne nous renfermons pas dans un style. L’important, c’est que dès que le public nous entend, il nous reconnaît : c’est l’âme dont je parlais précédemment.

Z : Comme c’est du folk progressif, la vie et la nature y sont intégrées. Comme tout être qui voit le matin, le soleil se lever, l’obscurité quand il se couche, puis la lumière de la lune, et parfois il pleut : c’est ce genre de « mood » que Reko apporte, c’est la nuance dont nous parlons. Depuis nos débuts, notre manière de créer a évolué : Fy écrit et compose les chansons, et nous les arrangeons. Auparavant, nous y allions « au feeling », l’important était qu’on s’écoute, et on n’utilisait que nos instruments. Aujourd’hui, nous avons Mandresy, notre ingénieur son, qui nous aide à explorer et à travailler un peu plus avec les nouvelles technologies.

Reko, ce sont aussi et surtout des paroles qui touchent…
D : Dans le processus de la création, Fy nous explique la chanson, son ressenti et le message ou l’émotion qu’il aimerait faire ressentir. Puis chacun de nous a son propre ressenti, et c’est ce qu’on arrange, ce qui donne la musique que le public entend. Chaque chanson nous marque : il y a une raison derrière chacune d’elles. Nous vivons pleinement chaque nouvelle création.
F : Toutes ces chansons sont une richesse pour nous. Si l’on écoute bien – nous en sommes à plus d’une trentaine de titres – l’on remarque qu’il y a une idée, une valeur derrière chacune d’elles. Elles ne pas tombent du ciel. Elles sont toutes importantes, au point qu’il nous est difficile de dresser une playlist pour les concerts. Depuis toujours, les paroles ont une grande importance pour Reko, et c’est pour cela qu’à chaque concert, nous avons un écran pour les afficher, que le public peut voir. De mon côté, j’ai aimé écrire depuis l’âge de 13 ou 14 ans, au début par des parodies, et j’ai continué plus tard en décrivant par les mots ce que je voyais et ressentais. Plus tard, j’ai commencé à vraiment l’apprendre grâce au mouvement Sound of The Nations où, à mon tour, j’apprends l’écriture à d’autres aujourd’hui. Écrire une chanson est comme un langage : il faut maîtriser la technique, certes, mais tout en y mettant de l’émotion. Il en est de même pour les instruments. Et bien sûr, l’on peut s’inspirer, mais il faut toujours ajouter un peu de soi pour rendre la création originale.

Quels sont les projets ?
P : Reko a encore du chemin à faire. Nous espérons pouvoir faire le tour de Madagascar : ce serait un grand défi, mais notre objectif est de faire connaître notre musique partout, pour que tout le monde connaisse les valeurs de Reko. L’année dernière, à l’occasion de la célébration des cinq ans du groupe, nous nous sommes déjà représentés sur plusieurs scènes de l’île et à l’étranger.
F : Nous sommes déjà énormément reconnaissants d’avoir pu remplir le Palais des Sports après seulement cinq ans d’existence. Nous espérons pouvoir y revenir, pourquoi pas tous les ans ? Sinon, il y aura toujours de nouvelles chansons, de nouveaux clips. À côté, nous allons essayer de développer nos activités : le Hayra Studio, Reko Collection pour les goodies, Reko Tour avec, peut-être, un passage à l’étranger cette année. Le Reko Book fait également partie de ces projets : nous faisons des collectes de livres pour les offrir à ceux qui ont en besoin – dans les refuges ou les maisons d’accueil – parce qu’il faut l’avouer, Madagascar a encore du chemin à faire, nous avons besoin d’éducation. La vision de Reko est toujours d’apporter quelque chose de bon. D’un autre côté, le groupe reste ouvert à tous les appels et collaborations !

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

Facebook : Reko Band
Numéro : +261 34 16 558 66 (Mr Mendrika, manager)

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