Rap'na Gents : Gentlemen’s agreement
6 septembre 2026 // Musique // 2910 vues // Nc : 200

Le rap traîne beaucoup de casseroles — et il ne faut pas se voiler la face. Musique de rue, musique de délinquants, musique de ceux qui n'ont pas grand chose à dire sinon crier leur colère — les clichés sont tenaces. Mais croire à ces idées reçues sans nuance serait faire une grossière erreur. Rap'na Gents est là pour emmener le public dans une autre perception.

« Oui, le rap vient de la rue, mais rien n'oblige à y rester enfermé. » La phrase est d'Atimi, lead du duo. Elle est posée sans agressivité, avec la sérénité de quelqu'un qui n'a rien à prouver mais beaucoup à dire. En face de lui, Gent. Tous les deux sont en costume — veste structurée, chemise, pli de pantalon impeccable. Rien à voir avec l'oversize et le pantalon baissé qui constituent l'uniforme non officiel du rappeur classique. L'esthétique revendiquée est celle des Peaky Blinders — élégance britannique, attitude sans concession, les vrais patrons portent souvent des costumes. Et derrière le style, il y a une conviction plus profonde. « Dire qu'on est des enfants de la rue, ce serait une insulte pour nos mères. On est avant tout les fils de nos mères », soulignent-ils. Rap'na Gents est le diminutif de « rap ana gentlmen » — le rap des gentlemen, en malgache.

« Dire qu'on est des enfants de la rue, ce serait une insulte pour nos mères. On est avant tout les fils de nos mères »

Fondé en 2019, le duo ne s'interdit rien sur le plan musical. De la trap lourde à la drill incisive, en passant par des touches soul plus envoûtantes, Atimi et Gent explorent les sonorités sans complexe. Leur premier mini-album de douze titres — dont deux bonus — a posé les bases. L'EP « Mental Part I », huit titres, a suivi, jouant habilement sur le double sens du mot mental — l'esprit cérébral d'un côté, les situations hors de contrôle de l'autre. « Mental Part III » est désormais en chantier. Tous leurs projets sont disponibles sur les plateformes de streaming — Spotify, Deezer et autres. Le groupe refuse tout label pour préserver une liberté créative totale, et carbure à l'inspiration brute. « Nous n'avons pas besoin de chercher des modèles à l'autre bout du monde — être son propre GOAT reste la meilleure façon d'avancer », confirme Atimi.

Les textes, eux, vont du fait social à l'expertise personnelle, toujours avec cette volonté de livrer un message enrichissant. « Bengy », leur dernier morceau sorti en juillet 2026, en est l'illustration — un titre très personnel qui retrace un parcours fait de détermination, loin des caricatures habituelles. « Nous transformons le hip-hop de rue en brisant les clichés du rap. Nous apportons du sens, du social et une leçon à chaque écoute », explique Atimi. Le rap malgache a désormais son club très fermé de gentlemen — et l'adhésion ne se fait pas au faciès, mais à la ligne éditoriale.

Tatiana Randriamanakajasoa

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