Motu Ula Ula : Des hanches et des histoires
4 octobre 2025 // Arts de la scène // 5873 vues // Nc : 189

Loin des clichés d’une danse exotique, l’ori tahiti raconte des histoires, exprime des émotions, libère les corps. À travers Motu Ula Ula, , littéralement « l’île rouge » en tahitien, cette discipline s’ancre peu à peu dans le paysage culturel malgache.

Début septembre, à l’hôtel du Louvre d’Antaninarenina, la salle a vibré comme sous l’effet d’un séisme. Les grondements des toere – ces tambours polynésiens capables de faire battre le cœur plus vite – ont fait trembler la terre autant que les corps. Puis les danseuses de Motu Ula Ula sont entrées et ont offert une immersion dans l’ori tahiti, cette danse traditionnelle polynésienne où les hanches parlent et les bras récitent des poésies. Créé il y a trois ans, le groupe Motu Ula Ula compte actuellement une quinzaine de membres, issues de toutes les classes d’âge. « Il n’y a pas d’âge pour danser l’ori tahiti, pas de genre non plus, même si nous ne comptons pas encore de membre masculin pour l’instant. Mais ça viendra », souhaitent les danseuses.

L’ori tahiti est tout sauf une simple chorégraphie. On croit souvent qu’il s’agit d’une danse exotique, d’un simple déhanchement gracieux. En réalité, c’est un langage codé où chaque geste, chaque vibration des hanches ou inclinaison du bras a une signification précise : amour, peur, surprise, stupéfaction. « Les pas et les gestes ne sont pas que des ornements. Ils forment des mots, et leur enchaînement compose une histoire que le public comprend », explique Ny Aina Raharinarivonirina, fondatrice et chorégraphe du groupe. Formée à Paris, cette polyglotte parlant couramment le tahitien a ramené cette discipline à Antananarivo en 2022, convaincue que les contes polynésiens pouvaient dialoguer avec l’imaginaire malgache. La troupe a ainsi dansé sur Isekely de Mahaleo ou encore adapté les contes de Trimobe et d’Ikotofetsy.

Mais derrière la grâce, il y a l’endurance. S’accroupir, se relever d’un bond, maintenir deux minutes d’ondulations frénétiques dans un solo d’otéa… c’est presque un marathon. Cela demande une condition physique redoutable. « C’est très sportif, mais tellement libérateur », souffle Annick Ramino. Ancienne danseuse de danse latine, elle a trouvé dans l’ori une liberté rythmique insoupçonnée. Les membres de Motu Ula Ula revendiquent aussi une esthétique différente de celle qu’imposent souvent les scènes de danse occidentales. Ici, pas de taille mannequin exigée. « Nous sommes fières de nos corps », assurent-elles avec aplomb. Leurs rondeurs donnent du volume, de la sensualité aux ondulations, défiant ainsi les clichés.

À Antananarivo, l’ori tahiti reste encore confidentiel. Mais ailleurs dans le monde, il fait l’objet de compétitions en Europe, en Asie ou aux États-Unis. Motu Ula Ula rêve d’y hisser haut le nom de Madagascar. « Ce n’est qu’une question de temps », sourit Ny Aina. En attendant, elle travaille à la vulgarisation de cette discipline qu’elle qualifie de langage universel.

Solofo Ranaivo

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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