En deux ans à peine, cette réalisatrice autodidacte a été primée à New York et en Italie. Son nouveau court-métrage explore la dystopie comme langage politique. Nya Rafali ne raconte pas Madagascar. Elle le radiographie.

Nya Rafali entre dans le cinéma en 2023. Pas par les voies habituelles – école, stage ou autres – mais par l'écriture, la musique et la performance. « Ainsi qu’une conviction que les images peuvent faire ce que les mots ne font pas toujours », souligne-t-elle. Mais l’autodidacte n’a pas mis longtemps à se faire connaître. Maroserana : The Quest est primé en science-fiction à New York et en Italie. Et ça, sans industrie derrière elle. Ce qui frappe, c'est le genre choisi. Elle fait de la science-fiction pour raconter Madagascar. « Ce genre me permet de dire des choses très réelles sans les enfermer dans un cadre réaliste. Il ouvre des portes que le documentaire ne peut pas toujours ouvrir », dit-elle. Une conviction nourrie par son passage dans une ONG environnementale — terrain où elle a vu les inégalités et les logiques de pouvoir de trop près pour s'en tenir au réel.

Elle n'est pas seule sur ce chemin. La science-fiction africaine a depuis longtemps compris que le réel, sur ce continent, n'a pas besoin d'être amplifié pour devenir dystopique. Wanuri Kahiu l'avait montré avec Pumzi — une Afrique de l'Est asséchée, une société de contrôle, une femme qui résiste. Une coupure d'électricité, l'obscurité qui tombe sans prévenir, la vie qui continue en mode dégradé : il suffit de savoir regarder ce qui existe déjà.
Nya Rafali regarde. Son nouveau court-métrage, Vary Mena sy Siramamy, part d'une image d'enfance : du riz rouge mélangé au sucre, mangé dans le noir pendant les délestages. « C'est une image très simple de mon enfance, mais elle contient beaucoup plus que ce qu'on voit », confie-t-elle. À partir de là, une dystopie dans un futur proche malgache — une société qui semble stable, mais se fissure lentement. Au centre, Rojo, une jeune artiste enfermée dans une relation de contrôle avec sa sœur aînée. Tension silencieuse, domination douce, liberté étranglée.
Le scénario tient en 11 pages et 27 lignes de dialogue. Le reste — couleurs, lumière, silence — fait le travail. « Je voulais enlever tout ce qui n'était pas essentiel. Laisser respirer les images et les émotions. » Tourné en une nuit, équipe 100 % malgache. La contrainte comme outil. « Elle nous oblige à être plus précis, plus intentionnels. Rien n'est laissé au hasard. »
Lucas Rahajaniaina
Facebook : Nya Rafali
Photos fournies par Nya Rafali